Leur Bretagne à eux (I/V)

La Bretagne est à l’honneur sur le parcours du Tour de France 2021, avec un grand départ organisé à Brest et quatre étapes visitant les quatre départements de la région. Et bien que le record de 14 Bretons établi en 1958 soit hors d’atteinte, le peloton 2021 accueillera une petite dizaine de « régionaux du départ » qui vivront à coup sûr une séquence d’émotion et de fierté. Cinq d’entre eux racontent pour letour.fr leur Bretagne, des souvenirs d’enfance à leur rapport à la culture régionale… sans jamais s’éloigner très longtemps du vélo.
Le plus capé d’entre eux, Cyril Gautier, prendra le départ de son 10e Tour de France, mais pour la première fois en Bretagne avec le maillot d’une équipe bretonne, B&B Hotels-KTM. Une raison supplémentaire de se lancer sur la Grande Boucle avec enthousiasme et de crier son amour pour sa région.

Cyril Gautier : « Les bagadoù*, ça me file des frissons »

Né le 26 septembre 1987 à Pabu (22)
Equipes successives : Bretagne Armor Lux (2007-2008), BBox Bouygues Telecom (2009-2010), Europcar (2011-2015), AG2R La Mondiale (2016-2018), Vital Concept-B&B Hotels (2019), B&B Hotels-Vital Concept (2020), B&B Hotels p/b KTM (2021)    
Principaux résultats :
2004 : champion de Bretagne juniors
2008 : champion d’Europe Espoirs, 2e du GP de Plumelec-Morbihan
2010 : vainqueur de la Route Adélie
2013 : vainqueur du Tour du Finistère
2014 : 6e de Paris-Nice, vainqueur d’étape sur le Tour du Limousin, 4e du GP de Plouay
2016 : vainqueur de Paris-Camembert
Palmares Tour de France : 2010, 45e / 2011, 43e / 2012, 61e / 2013, 32e / 2014, 25e / 2015, 34e / 2016, 68e / 2017, 48e / 2020, 78e  
Signe particulier : a fait sa demande en mariage à Caroline lors de la dernière étape en 2017, par caméra interposée. Sa plus belle victoire sur le Tour.

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grellier (fabien) – (fra) – schar (michael) - (sui) - gautier (cyril) - (fra) - © PRESSE SPORTS
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gautier (cyril) - (fra) - ISSOIRE/ISSOIRE || 139932_0051 France <motCle99> ACTION COMPETITION COVID </motCle99> © PRESSE SPORTS

Un coin de Bretagne
Les registres des services d’état civil établissent sa naissance à Pabu, mais c’est dans le village de Plouagat que Cyril Gautier a passé son enfance, à mi-distance entre Guingamp et Saint-Brieuc. « C’est un petit village, j’y ai grandi jusqu’à 18 ans, mes années d’école, et j’y ai encore mon meilleur ami d’enfance. On faisait de la mobylette sur un terrain de cross, on était trop jeunes pour avoir vraiment le droit, mais on s’amusait bien ». Les souvenirs sont égrenés sans la moindre nostalgie par le Costarmoricain, resté fidèle à son département en déménageant à Trégueux, limitrophe de Saint-Brieuc : « Je n’habite plus à Plouagat mais j’y passe régulièrement à vélo, ça me met toujours de bonne humeur de voir mon ancienne école ». Les premières émotions cyclistes ne sont pas loin non plus, la première licence de Cyril ayant été signée à 9 ans au Guidon d’Argent Guingampais, « le club où j’ai toujours ma licence, et dont le président est aussi devenu mon beau-père ». Une fois passé professionnel, Gautier n’a jamais cédé à la tentation du sud, préférant composer avec les caprices de la météo pour profiter de la beauté des paysages côtiers, qu’il s’aventure vers l’est ou l’ouest : « j’aime beaucoup aller jusqu’au Cap Fréhel, la route est superbe. De l’autre côté, j’y vais moins souvent parce que la distance est un peu longue, mais rouler jusqu’à la côte de Granit Rose, vers Lannion, c’est un coin magnifique ».

Esprit breton
Aucune hésitation au moment de choisir le personnage qui représente le mieux sa région : « pour moi c’est naturellement Bernard Hinault, il incarne à la fois le vélo et la Bretagne ». Le tempérament qui a permis au Blaireau de conquérir autant de victoires porte bien la marque de son territoire, pour Cyril Gautier. « C’est quelqu’un de têtu, qui va au charbon et qui n’a pas peur. Son caractère ne plaît pas à tout le monde, mais pour moi, qui suis issu d’une famille agricole, j’aime bien ce côté ‘’à l’ancienne’’, vivre un peu à la dure ». En s’éloignant du monde des pelotons, il revendique tout aussi fièrement son attachement à la culture et au folklore : « Les bagadoù, ça me file des frissons. D’ailleurs lors de mon mariage, nous avons fait venir des sonneurs traditionnels. Je ne connais pas bien l’histoire de ces folklores, mais j’avais envie de partager ça avec les autres invités. Pour donner à la fête cette touche bretonne, qui représente mes racines ».

PARIS CAMEMBERT 2016 / 3 AVRIL 2016 / PHOTO BRUNO BADE / CYRIL GAUTIER (FRA) ALM  VAINQUEUR /
PARIS CAMEMBERT 2016 / 3 AVRIL 2016 / PHOTO BRUNO BADE / CYRIL GAUTIER (FRA) ALM VAINQUEUR / © PRESSE SPORTS
PARIS CAMEMBERT 1016 / 3 AVRIL 2016 / VIMOUTIERS / PHOTO BRUNO BADE / CYRIL GAUTIER (FRA)(ALM) REMPORTE L'EPRTEUVE DEVANT ANTHONY DELAPLACE (FRA) FVC /
PARIS CAMEMBERT 1016 / 3 AVRIL 2016 / VIMOUTIERS / PHOTO BRUNO BADE / CYRIL GAUTIER (FRA)(ALM) REMPORTE L'EPRTEUVE DEVANT ANTHONY DELAPLACE (FRA) FVC / © PRESSE SPORTS
GRAND  PRIX DE PLUMELEC HOMMES / 28 MAI 2016 / PLUMELEC / PHOTO BRUNO BADE / SAMUEL DUMOULIN (FRA) VAINQUEUR ET CYRIL GAUTIER (FRA) ALM /
GRAND PRIX DE PLUMELEC HOMMES / 28 MAI 2016 / PLUMELEC / PHOTO BRUNO BADE / SAMUEL DUMOULIN (FRA) VAINQUEUR ET CYRIL GAUTIER (FRA) ALM / © PRESSE SPORTS

Terre de vélo
Evoluant loin devant les autres régions au nombre de champions qui la représentent dans le palmarès du Tour de France, mais aussi par le nombre de courses organisées ou de licenciés (en pourcentage de la population), la Bretagne se distingue par sa passion pour le cyclisme. « Je ne sais pas comment est né cet enthousiasme, mais la pratique se transmet très bien et l’intérêt aussi. Il en faut beaucoup, des bénévoles, pour organiser des courses de jeunes, poser des barrières… et il y en a toujours. Et sur le bord du circuit, tous ceux qui viennent manger des galettes-saucisses, ce sont des gens qui connaissent le vélo et décryptent la course ».
C’est sur un de ces rendez-vous que le tout jeune Cyril, déjà bien en vue chez les minimes et cadets, est allé chercher une victoire marquante en 2004 dans les championnats de Bretagne juniors. « C’était à Locunolé, à la limite du Finistère et du Morbihan. Je suis sorti seul à trois tours de l’arrivée, c’était improbable. Mais j’ai résisté au retour de mes poursuivants, tout seul et avec la manière. C’est comme ça que j’aimais courir. C’était l’éclate, je tentais des choses en prenant beaucoup de plaisir ». Si les bouquets sont devenus plus difficiles à collectionner dans les rangs professionnels, Gautier est allé chercher les plus beaux résultats de sa carrière sur ses terres, s’imposant sur la Route Adélie (2010) et le Tour du Finistère (2013) et accrochant des places d’honneur sur le Grand Prix de Plouay (4e en 2014) ou au Grand Prix de Plumelec (2e en 2008). Tout sauf un hasard : « Je me sens surmotivé en Bretagne, je suis chez moi. A chaque fois que je vais à Plouay, ça me donne envie de réussir quelque chose. L’avantage du terrain ça marche, en plus j’aime bien les courses en circuit ».

Le Tour en Bretagne…
Le passage du peloton du Tour de France en Bretagne, c’est un jour de fête. La famille Gautier, tout entière acquise à la cause du vélo, avait logiquement fait le déplacement pour le prologue de 1995 à Saint-Brieuc : « Il y avait une descente sur la fin du parcours, et nous étions à la bascule. J’avais vu passer Boardman, même si je n’ai pas vu sa chute devant moi. Je me souviens qu’on était trempés, il y  a eu un gros orage. Mais c’est le Tour, c’est la fête malgré la pluie… les passionnés s’en foutent, et j’en faisais déjà partie à 9 ans ».
Bien plus tard, une émotion encore plus forte a saisi Cyril Gautier, au départ de l’étape Carhaix-Cap Fréhel du Tour de France 2011, qu’il a couru avec la formation Europcar : « nous sommes passés à 100 mètres de chez moi, sur la route qui sera à nouveau empruntée cette année. Je voulais être dans l’échappée mais je n’ai pas réussi à la prendre. J’ai été vraiment déçu, même si je savais que ce serait une arrivée au sprint. Je voulais être devant en passant à la maison. Pour que les gens qui me connaissent puissent avoir ce plaisir. Beaucoup ont commencé à s’intéresser au vélo parce qu’ils sont mes voisins. Et je sais que dans mon village, tout le monde sera sur le bord de la route pour me voir passer ».

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kiserlovski (robert) - (cro) - peraud (jean christophe) - (fra) - gautier (cyril) - (fra) - martinez (egoi) - (esp) - millar (david) - (gbr) - © PRESSE SPORTS
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gautier (cyril) - (fra) - © PRESSE SPORTS


Et en 2021 ?
Prendre le départ du Tour de France en Bretagne, en tant que Breton dans une équipe bretonne, voilà qui n’a rien d’anodin. « Pour l’instant, je ne veux pas trop me projeter mais il est certain que le briefing de cette première étape sera très spécial, il faudra qu’on soit acteurs ». Bien entendu, le plus beau rôle à jouer serait celui d’un vainqueur d’étape, sachant que Bernard Hinault reste le dernier Breton vainqueur d’une étape bretonne (1985, c-l-m. de Plumelec). Et quatre occasions seront offertes aux régionaux pour tenter de lui succéder : « Il y a trois favoris identifiés pour les deux premières étapes. Alaphilippe, Van der Poel et Van Aert seront là, et à la pédale je ne rêve pas. Mais les concours de circonstances peuvent jouer. J’ai toujours espéré gagner une étape du Tour, j’ai fait des places et j’essaye toujours. Si j’arrive à sortir de Bretagne en ayant gagné une étape, ‘’je pourrai mourir tranquille’’, comme disait Thierry Rolland ! Celle de Mûr-de-Bretagne, je connais très bien le secteur, c’est la plus proche de chez moi et cette montée représente beaucoup chez nous ».

* : orchestre traditionnel breton, notamment composé de joueurs de bombarde et de cornemuse écossaise.  

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