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Les infos à J-2

L’architecture onirique du Recinte Modernista de Sant Pau, un ancien hôpital bâti au XIXe siècle par l'architecte Lluis Domènech i Montaner, a accueilli la conférence de presse des têtes d’affiche du Tour de France 2026. Elle a précédé une présentation spectaculaire organisée devant une foule nombreuse et enthousiaste, rassemblée près de la majestueuse Sagrada Familia d'Antoni Gaudí.

Le Grand Départ de Barcelone continue de gagner en popularité grâce à son cadre exceptionnel et au prestige du peloton. Tadej Pogacar a affiché son ambition de remporter un cinquième Tour et égaler le record. Il devra devancer son éternel rival Jonas Vingegaard, le jeune prodige français Paul Seixas, et le redoutable duo de Red Bull-Bora-Hansgrohe formé par Florian Lipowitz et Remco Evenepoel.

De grandes batailles s’annoncent aussi pour le maillot à pois et le maillot vert. Au classement du meilleur grimpeur, Richard Carapaz, Lenny Martinez et Valentin Paret-Peintre ambitionnent de devancer les prétendants au Maillot Jaune. Au classement par points, les sprinteurs Jasper Philipsen, Tim Merlier, Biniam Girmay et Mads Pedersen devraient jouer les premiers rôles.

TADEJ POGACAR BIENTÔT VAINQUEUR CINQ ÉTOILES ?

À 27 ans, Tadej Pogacar a déjà marqué l'histoire du cyclisme à maintes reprises, mais le Tour de France 2026 revêt une importance toute particulière pour le leader de l'équipe UAE Emirates XRG, qui ambitionne d'inscrire encore davantage son nom dans la légende. Monter sur la plus haute marche du podium des Champs-Élysées, dans trois semaines, lui permettrait d’égaler le record historique de cinq victoires au classement général. Un nouveau duel avec Jonas Vingegaard, son dauphin de 2024 et 2025, et avec qui il a partagé le podium des cinq dernières éditions, se profile à l’horizon. Mais le Slovène a prévenu ce jeudi : « Je ne pense pas qu’il soit mon seul adversaire, il y a quelques autres coureurs capables de viser la victoire. La compétition entre Jonas et moi a été spectaculaire ces dernières années et j’espère que cela continuera encore. On se tire vers le haut, à voir jusqu’où nous allons aller. Je n’ai fait que 16 jours de course cette saison mais ils ont été très bons. Les kilomètres d’entraînement comptent aussi et il y en a eu de nombreux. »

S'il remporte l'édition 2026, après ses succès en 2020, 2021, 2024 et 2025, Pogacar décrochera son cinquième Tour à un âge nettement plus jeune que ses prédécesseurs Jacques Anquetil (30 ans en 1964), Eddy Merckx (29 ans en 1974), Bernard Hinault (30 ans en 1985) et Miguel Indurain (31 ans en 1995). Sa tentative historique sera épaulée par des coureurs chevronnés comme Adam Yates (10e participation, 3e en 2023) et le jeune Isaac Del Toro (22 ans), qui prendra le départ pour la première fois quelques semaines après sa victoire au Tour Auvergne-Rhône-Alpes. « Je veux apprendre et savourer ce rêve que je vis : être au départ du Tour avec la meilleure équipe du monde, et aux côtés de Tadej. J’ai du mal à y croire. C’est une course longue et très difficile, car chaque étape est tactiquement importante. Je me sens heureux et privilégié, et je veux simplement donner le meilleur de moi-même », a déclaré le Mexicain, l’un des principaux prétendants au maillot blanc de meilleur jeune.

 

PAUL SEIXAS PRÊT ET AMBITIEUX DEVANT « UN RÊVE D’ENFANCE »

Rarement, dans l’histoire du Tour de France, un nouveau venu avait suscité autant d’attention. À 19 ans, Paul Seixas ne débarque pas seulement sur la Grande Boucle en tant que plus jeune coureur engagé depuis 1937. Il y arrive avec le statut de nouvelle pépite du cyclisme, grâce notamment à ses triomphes sur le Tour du Pays basque et La Flèche wallonne, puis à sa résistance face à Tadej Pogacar sur Liège-Bastogne-Liège. Le leader de Decathlon CMA CGM se décrit « en pleine forme » après sa chute au Tour Auvergne-Rhône-Alpes, dont il a bien récupéré ces trois dernières semaines. Il souhaite aborder ce premier Grand Tour le plus impassible possible face à la pression qui l’entoure. « Je me comporterai comme lors de n'importe quelle autre course, avec l’objectif de faire le meilleur classement général possible. Je suis prêt à ce petit extra qui vient du fait que ce soit le Tour de France, et un rêve d’enfance. C’est particulier, une autre dimension et c’est une nouvelle expérience qui démarre pour moi. »

Les attentes autour du Lyonnais sont particulièrement grandes en France, 41 ans après le dernier succès d’un coureur national (Bernard Hinault) en 1985. Le dernier podium français commence aussi à remonter, neuf années s’étant écoulées depuis la troisième place de Romain Bardet en 2017. Ambitieux et audacieux par nature, Seixas vise haut mais ne se risque pas à un pronostic. « On fera les comptes à la fin. Bien sûr que quand on court, on veut gagner, mais c’est ma première fois sur le Tour. On verra comment ça se passe et à quel niveau je suis. Il y a différentes manières de gagner sur une course cycliste. » Par exemple en sacrifiant le général pour pouvoir viser des victoires d’étapes ? « Non. Je ne peux pas encore dire quelle position, cela dépendra de la situation, mais je ne prendrai pas de risque pour autre chose que le classement général. »

JONAS VINGEGAARD AU RENDEZ-VOUS DE SA PROPRE HISTOIRE

La stature d'un champion dépend aussi de la grandeur de ses rivaux. Dans le cas de Tadej Pogacar, son principal adversaire sur le Tour de France est une autre légende du cyclisme : Jonas Vingegaard. Le duo a occupé les deux premières places du podium des cinq dernières éditions de la Grande Boucle, un exploit sans précédent dans l'histoire, avec trois succès pour le Slovène et deux pour le Danois. Malgré ce léger retard, Vingegaard affiche une série qui sera difficile à égaler sur les Grands Tours : il a terminé 1er ou 2e des huit derniers auxquels il a participé, remportant les deux plus récents – La Vuelta 2025 et le Giro d’Italia 2026. Le Danois de la Visma-Lease a Bike est ainsi devenu le 8e coureur à s'imposer sur les trois Grands Tours, un exploit que Pogacar n'a étonnamment pas encore réalisé. Un club encore plus fermé l’attend s'il porte le Maillot Jaune à Paris : il sera le 4e cycliste de l'histoire à être simultanément tenant du titre des trois Grands Tours, après Eddy Merckx (1972-73), Bernard Hinault (1982-83) et Chris Froome (2017-18).

« Le Tour de France est la course la plus importante de la saison, celle qu'on veut gagner, et c'est pour ça que je suis là. J'ai bien récupéré du Giro d'Italia et la préparation avec l'équipe s'est bien passée. J'ai vécu une année incroyable jusqu'à présent, alors j'espère continuer sur cette lancée », fixe-t-il pour objectif. Et pour cette édition du Tour de France, Vingegaard pourra compter sur le soutien crucial d’équipiers aussi fiables et incontournables que Matteo Jorgenson (8e en 2024) ou Sepp Kuss, le seul coureur à l'avoir accompagné lors de ses quatre victoires sur les Grands Tours. « Sepp est très important, tant pour la course que pour l'ambiance. L'équipe UAE compte d'excellents coureurs, mais nous avons aussi une très bonne équipe, notamment pour la montagne et le contre-la-montre. Nous avons constitué une équipe bien équilibrée, en laquelle je crois pleinement. »

À DEUX, C’EST MIEUX : RED BULL VISE LE PODIUM AVEC EVENEPOEL ET LIPOWITZ

Le Tour de France, c'est 21 étapes, environ 80 heures de course, et d'innombrables menaces sous la forme de malchance (chutes, problèmes mécaniques) ou de concurrence. C'est pourquoi les meilleures équipes choisissent généralement d'arriver avec deux coureurs pour le général : pour éviter d'être éliminées prématurément de la course à la victoire par un revers de leur leader. Lors des 15 dernières éditions, pas moins de six formations ont placé deux hommes sur le podium à Paris. Dans trois cas, elles ont également remporté le classement général (Team Sky / Ineos Grenadiers en 2012, 2017 et 2019). Lors des trois autres fois, le duo a terminé 2e et 3e (Leopard Trek en 2011, Movistar Team en 2015, UAE Team Emirates en 2023). Red Bull-Bora-Hansgrohe a réuni les deux derniers coureurs arrivés 3e : Remco Evenepoel (2024) et Florian Lipowitz (2025), également les meilleurs jeunes de ces éditions. Comment l'équipe allemande compte-t-elle exploiter leurs atouts pour tenter de détrôner Pogacar et Vingegaard ?

« On s’est préparés pour ça. On a couru le Tour de Catalogne ensemble et terminé 3e et 5e. On travaille bien ensemble et allons nous soutenir mutuellement. Bien sûr, on aimerait monter sur le podium, comme on l'a déjà fait. Personnellement, j'aimerais gagner une étape, remporter le contre-la-montre par équipes et revêtir le Maillot Jaune. C'est notre ambition », déclare Evenepoel, triple champion du monde du contre-la-montre, qui portera un dossard ce samedi pour la première fois en deux mois après une longue préparation dans la Sierra Nevada. « Je suis très content de mes dernières semaines, mais le Tour est une course à part, il est donc difficile de la prédire. [Pogacar, Vingegaard et Seixas] ont montré qu'ils étaient très forts, mais on s’est aussi bien préparés en équipe, donc on espère avoir de bonnes jambes », ajoute Lipowitz, grimpeur qui sort d’un excellent Tour de Slovénie. Ils seront épaulés par un groupe performant qui comprend notamment Jai Hindley, solide 3e du dernier Giro d'Italia.

« PEUT-ÊTRE CINQ FAVORIS » POUR LE MAILLOT VERT

Trois lauréats du maillot vert au départ : Michael Matthews (2017), Jasper Philipsen (2023) et Biniam Girmay (2024). Auteur de 10 victoires cette saison, en vert avant d’abandonner sur chute en 2025, Philipsen (Alpecin-Premier Tech) est l’une des grandes têtes d’affiches. « Mais il y a beaucoup de favoris, peut-être cinq. Ce sera une belle bataille », prévient le Belge. « Il est aujourd’hui quasiment impossible d'enlever le maillot vert sans avoir gagné d’étape, donc le plus important sera d’en remporter. » Son compatriote Tim Merlier (Soudal Quick-Step) figure parmi ces favoris. En forme (six bouquets en 18 jours de course depuis son retour de blessure), il pourrait profiter du nouveau barème, qui décerne 70 points (et non plus 50) aux vainqueurs des étapes en ligne dites sans difficulté. « Cela devrait permettre aux sprinteurs de prendre plus facilement le maillot vert, mais pour cela on doit gagner des étapes. Ce serait bien de porter le maillot, puis on verra avec l’évolution de la fatigue si on peut batailler. »

Girmay (NSN) a une revanche à prendre après un Tour 2025 décevant. « Gagner des étapes et prendre le maillot vert est notre principal objectif depuis le début de la saison », confesse l'Erythréen, qui dit avoir « des équipiers plus forts et un meilleur train que l'an dernier ». Mads Pedersen (Lidl-Trek) vise le seul classement par points d’un Grand Tour qui manque à son palmarès. Moins sprinteur mais plus polyvalent que ses rivaux, le Danois s’estime moins favori « mais rien n’est impossible. D’autres, qui n’étaient pas attendus, ont déjà réussi, alors on relève le challenge ». Néophyte ici, Olav Kooij (Decathlon CMA CGM) a levé les bras sur les deux courses où il s'est aligné en 2026. Arnaud de Lie (Lotto Intermarché) vise aussi une première victoire après neuf étapes dans le top-10. Le champion de France 2025 Dorian Godon (Netcompany Ineos) est l’une des meilleures chances nationales, après 11 victoires avec le maillot tricolore qu’il vient de rendre.

LES POIS DANS LE VISEUR DES ATTAQUANTS

La bataille pour le classement du meilleur grimpeur débutera dimanche sur la route de Montjuïc, et se conclura le dernier jour sur les pentes de Montmartre. De Barcelone à Paris, le peloton franchira 69 ascensions répertoriées (6 hors-catégorie, 13 de 1re catégorie, 11 de 2e catégorie, 21 de 3e catégorie et 18 de 4e catégorie), représentant 365 points à prendre. Comme le veut la tradition, le combat opposera les favoris du classement général – Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard ont récemment enlevé à la fois le Maillot Jaune et le maillot à pois – aux attaquants tels que Richard Carapaz, qui a réussi à gagner le classement de cette manière en 2024. « Les victoires d’étape et le maillot à pois sont ce que je souhaite le plus pour ce Tour », déclare le grimpeur équatorien, dont le coéquipier chez EF Education-EasyPost, Ben Healy, a exprimé des ambitions similaires.

Le maillot à pois inspire également des grimpeurs français comme Lenny Martinez (Bahrain Victorious), Jordan Jegat (TotalEnergies) et Valentin Paret-Peintre (Soudal Quick-Step), désireux de décrocher le premier maillot distinctif d’un Français depuis Romain Bardet, meilleur grimpeur en 2019. « Le maillot à pois est l’un de mes principaux objectifs. Si je peux remettre les compteurs à zéro, ce sera avec plaisir », déclare Paret-Peintre, vainqueur au Mont Ventoux en 2025. « On a deux étapes à l’Alpe d’Huez et c’est un objectif pour moi. J’espère aussi ressentir de belles émotions avec le maillot à pois, comme celles eues au Ventoux. Ma vision du vélo n’est pas de m’accrocher pour faire une place entre 7e et 10e au général, ce qui serait déjà incroyable. Tant que je ne serai pas capable de jouer le top-5 ou le podium, je n’essaierai pas de jouer un général. Je préfère me concentrer sur les étapes, aller de l’avant dans les échappées, c’est la façon dont j’aime courir, ce qui me correspond et me va pour le moment. »

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