Les vainqueurs des différents classements du Tour de France 2026 se distinguent par leurs offensives éclatantes. Tadej Pogacar a encore conquis et fait briller le Maillot Jaune avec cinq nouvelles victoires d’étapes. Isaac del Toro a associé son panache à celui de son leader slovène pour batailler avec le prodigieux Paul Seixas, plus jeune coureur à finir dans le top 5 du Tour, à seulement 19 ans. Mads Pedersen et Richard Carapaz sont allés chercher les maillots vert et à pois en attaquant encore et encore… Retour sur les épisodes marquants de la lutte pour les grands enjeux de la 113e édition.
Maillot Jaune : la loi de Pogi
Pour la troisième année consécutive, Tadej Pogacar a abandonné son Maillot Jaune au lendemain de sa première conquête, mais la supériorité du Slovène n’en a pas moins été incontestable. Deux Scandinaves apparaissent à ses côtés au palmarès des leaders du classement général du Tour de France 2026 : deux jours en jaune pour le Danois Jonas Vingegaard, autant pour le Norvégien Torstein Træen. Pogacar, lui, a pris le pouvoir à la 3e étape et l’a repris lors de la 6e, à l’issue d’une grande envolée par-delà le Tourmalet pour triompher à Gavarnie-Gèdre. Le Slovène était au rendez-vous du premier grand test pour les prétendants au classement général. Il a poursuivi sur sa lancée en s’imposant au Lioran (10e étape), au Markstein (14e étape) et à l’Alpe d’Huez (19e étape) pour remporter son cinquième Tour (record égalé) avec 6’26’’ de marge sur son nouveau dauphin, Remco Evenepoel.
Deux ans après un premier podium sur le Tour, le leader belge de Red Bull-Bora-Hansgrohe gagne une place après l’abandon de Jonas Vingegaard sur la route du Plateau de Solaison (15e étape). Ce jour-là, le Belge a pris toute la lumière en dominant la première arrivée au sommet d’une ascension hors catégorie sur ce Tour. Deux jours plus tard, il doublait la mise dans le contre-la-montre du lac Léman, réaffirmant sa suprématie dans cette discipline, son plus bel atout au sein d’une palette des plus complètes. Le Belge était également le premier des favoris lors de la deuxième arrivée à l’Alpe d’Huez (20e étape), pendant que Pogacar s’assurait que son jeune lieutenant Isaac del Toro l’accompagnait sur le podium final en prenant la troisième place du classement général (+9’42’’) devant Paul Seixas (+11’56’’).
Longtemps à la lutte pour le podium, le débutant Français ne s’est pas contenté de participer : il a pesé sur la course et est devenu le plus jeune coureur à finir dans le top 5 du Tour, améliorant pour une poignée de semaines la référence établie par Henri Cornet en remportant l’édition 1904 ! Ils sont les deux seuls coureurs de moins de 20 ans à figurer à ces hauteurs au classement général. Le podium s’est refusé à Seixas, mais c’est un horizon très proche.
Maillot vert : Mads attaque
Jusqu’au bout, Mads Pedersen a fait honneur à son maillot vert dans le registre qui lui a permis de s’en emparer dès le quatrième jour de course : en écrasant les pédales pour passer à l’offensive, de Carcassonne jusqu’à Montmartre. Le Danois s’est emparé du maillot vert en concluant victorieusement sa première échappée, au quatrième jour de course. Il s’est ensuite illustré sur tous les terrains, jusqu’à creuser un écart définitif dans l’étape reine du Tour, après avoir surmonté le col de La Croix de Fer et bataillé pendant trois semaines.
Moins rapide que ses adversaires dans les sprints massifs, le Danois a parfois ressenti la pression de Jasper Philipsen (7 points de retard après son succès à Voiron, 17e étape) ou de Tim Merlier (3 victoires avant son abandon dans la 15e étape) mais il a fait parler sa polyvalence et son endurance pour devenir le premier Danois à remporter le classement par points du Tour, après ses succès à La Vuelta et au Giro. Avec 559 points, il devance deux de ses prédécesseurs : Jasper Philipsen (475 points), sacré en 2023, et Biniam Girmay (367 points), qui s’était imposé l’année suivante.
Maillot à pois : Carapaz le finisseur
Saignant dès la première étape pyrénéenne (3e aux Angles), Richard Carapaz a conclu son Tour de France par un festival dans les Alpes, massif dont il a été le grand acteur : victoire à Orcières-Merlette, 3e à l’Alpe d’Huez, puis nouvelle victoire pour la deuxième arrivée dans la station iséroise. Ses envolées permettent à l’Équatorien de doubler la mise dans des circonstances similaires à son premier couronnement en tant que roi de la montagne. Comme en 2024, il a pris le maillot à pois à Tadej Pogacar à l’issue de la 19e étape.
Après la chasse aux premiers points de la montagne menée par Alex Molenaar puis Alex Baudin, le Slovène avait pris le pouvoir de façon tonitruante sur le Tourmalet : jamais un champion du monde en titre n’était passé en tête au sommet du géant pyrénéen. Le Slovène a agrandi sa collection de maillots et s’est également offert l’Alpe d’Huez, autre sommet mythique qui manquait à la liste de ses chefs-d’oeuvre. Dans le dernier kilomètre, il a distancé Carapaz… Mais c’est bien l’Équatorien qui est monté sur le podium ce soir-là pour recevoir le maillot à pois, avant un dernier assaut victorieux le lendemain.
Maillot blanc : Del Toro adoubé
Au départ de Barcelone, la liste des prétendants au classement des jeunes annonçait de grandes batailles pour les trois semaines à venir avant de prendre le pouvoir dans les toutes prochaines éditions. Juan Ayuso a été le premier homme en blanc, à l’issue du contre-la-montre par équipes de Barcelone, sa ville natale. Del Toro a pris le pouvoir lors de la 2e étape, avant de le céder à l’échappé Mathias Vacek, qui découvre le maillot blanc du Tour après ceux de La Vuelta et du Giro.
À partir de Gavarnie-Gèdre (6e étape), les meilleurs espoirs grimpeurs retrouvent les honneurs : Ayuso a repris le blanc jusqu’au Markstein, où Paul Seixas s’est offert un petit morceau d’histoire (plus jeune porteur d’un maillot distinctif du Tour, à 19 ans, 9 mois et 24 jours) avant de repasser la main à Del Toro le lendemain au Plateau de Solaison. Les écarts étaient minimes, la lutte est restée acharnée, mais Del Toro a finalement émergé en vainqueur avec le concours précieux de Pogacar, qui s’est mis à son service pour assurer le maillot blanc et la 3e place au classement général de son prodigieux lieutenant.
Super Combativité : l’inarrêtable Carapaz
Avec Mads Pedersen, il y a eu match, si bien que le jury du Prix de la combativité a partagé ses voix à égalité entre le puissant Danois et le flamboyant Équatorien, déjà récompensé en 2024. La balance a finalement penché vers Richard Carapaz parce qu’il a remporté plus de prix de la combativité au fil des trois semaines : quatre (10e, 14e, 18e et 19e étapes) contre un seul pour Pedersen (17e étape). C’est la première fois depuis Giovanni Battaglin en 1979 qu’un coureur est si souvent distingué sur une seule édition du Tour de France. Baptiste Veistroffer en a obtenu 3 (5e, 7e et 12e étapes) à la faveur de ses échappées dans la plaine.
Classement par équipes : le cyclisme total de Lidl-Trek
Si les équipes Netcompany Ineos et UAE Emirates XRG ont brillé à Barcelone, la première étape entièrement disputée sur le sol français, au quatrième jour de course, a fait émerger un collectif et une méthode couronnés de succès. Entre Foix et Carcassonne, l’équipe Lidl-Trek a placé trois hommes dans la première échappée victorieuse de ce Tour : Mathias Vacek, Quinn Simmons et Mads Pedersen, dont la victoire d’étape s’accompagnait de la prise de pouvoir de la formation allemande au classement par équipes. Ensuite, elle a pesé sur tous les terrains, multipliant les offensives dans le sillage de son Danois vert. Simmons et Vacek, épaulés par Gee-West, Verona et Skujins, ont continué de l’épauler en toutes circonstances. Ayuso et Skjelmose ont livré la bataille du classement général aux avant-postes. Et le collectif a tenu jusqu’au bout face à la menace UAE Emirates XRG, dont les forces se sont amoindries en dernière semaine.
21 étapes : festival belgo-slovène
Comme souvent ces dernières années, Tadej Pogacar s’est taillé la part du lion : cinq victoires d’étapes aux Angles (3e étape), à Gavarnie-Gèdre (6e), au Lioran (10e), au Markstein (14e) et à l’Alpe d’Huez (19e). Le Slovène est le coureur le plus victorieux de cette édition et il continue d’imprimer sa marque dans les classements historiques : avec 26 succès, il dépasse André Darrigade (22) et André Leducq (25) pour fondre sur Bernard Hinault (28), avant de viser les scores d’Eddy Merckx (34) et Mark Cavendish (35). Son rythme est déjà historique : il est le seul coureur dans toute l’histoire à avoir remporté plusieurs étapes lors de chacune de ses sept premières participations.
En ajoutant les six succès belges de cette édition, nous voilà déjà à onze victoires, plus de la moitié des 21 étapes disputées entre Barcelone et Paris. Les compatriotes de Tim Merlier (3 sprints victorieux à Bordeaux, Bergerac et Chalon-sur-Saône), Remco Evenepoel (doublé au Plateau de Solaison et dans le chrono de Thonon-les-Bains) et Jasper Philipsen (échappée belle à Voiron, après avoir été frustré dans les sprints massifs) avaient déjà décroché autant de succès l’an dernier. Mais le cru 2026 est particulièrement savoureux, surtout pour Evenepoel. Le héros de Schepdaal s’est offert la 500e victoire d’étape belge dans l’histoire du Tour avant de doubler la mise le 21 juillet, jour de fête nationale.
Deux autres coureurs sont parvenus à remporter deux étapes dans cette édition en concluant victorieusement de grands numéros offensifs : Mathieu Van der Poel, consacré à Ussel (9e étape) et Paris (21e) ; et Richard Carapaz, vainqueur à Orcières-Merlette (18e) et à l’Alpe d’Huez (20e). Les autres bouquets sont revenus à Visma-Lease a Bike (1re étape, contre-la-montre par équipes), Isaac del Toro (2e), Mads Pedersen (4e), Olav Kooij (5e), Soren Wæerenskjold (11e), Mauro Schmid (13e) et Jasper Philipsen (17e).
Les grands absents de ce tableau d’honneur sont les Français, privés de victoires d’étapes pour la troisième fois seulement de l’histoire du Tour, après les éditions 1926 et 1999. La lecture du top 10 du classement général annonce des lendemains chantants, avec les promesses incarnées par Paul Seixas (4e), Lenny Martinez (5e) et Jordan Jegat (10e). Mais sur le Tour 2026, ni les Français, ni leurs compères italiens ou espagnols, ne se sont imposés. Ce n’était jamais arrivé en 302 Grands Tours (113 Tours, 109 Giro, 80 Vuelta).
Super Équipier : Simmons se démultiplie
À titre individuel, Quinn Simmons est sans aucun doute l’une forces brutes les plus étourdissantes du peloton. Cette année encore, l’Américain a montré sa bannière étoilée sur tous les terrains, et tout particulièrement vers Foix, où il a pris la deuxième place derrière… son leader Mads Pedersen, baroudeur pas comme les autres. Aussi brillant et offensif qu’il puisse être, Simmons court pour le collectif, même dans les échappées. Sa débauche d’énergie, sans retenue, fait le bonheur de la formation Lidl-Trek, dont il a soutenu les ambitions de maillot vert tout en prêtant main forte à Juan Ayuso et Mattias Skjelmose en haute montagne. Pour la deuxième année consécutive, il est le Super Équipier du Tour.

