L’étape la plus sélective de la traversée pyrénéenne associera les mythes de l’Aspin et du Tourmalet avec une arrivée inédite au cœur du superbe cirque de Gavarnie.
Par Quentin Finné
Ce n’est sans doute pas un hasard qu’unique rime avec classique. Si le parallèle entre deux notions a priori antinomiques sonne comme une étrange coquetterie langagière, la sixième étape du Tour de France, jeudi 9 juillet, donnera un autre écho à la musicalité de ses mots tout au long d’un parcours cousu dans la mémoire des Pyrénées, mais ourlé d’une destination inédite. L’Aspin et le Tourmalet, piliers du patrimoine montagnard du Tour, ouvriront une journée où la tradition servira d’élan à l’audace. Avant qu’au bout de cette fresque familière, le peloton ne s’explique au cœur d’un nouveau terrain de jeu : le cirque de Gavarnie, décor majestueux et encore vierge de tout vainqueur. Un final à la hauteur du mythe, où le passé et la découverte s’unissent dans une seule et même journée.
« Cette étape sera un authentique concentré de Pyrénées, sourit Michel Pélieu, président du département des Hautes-Pyrénées. Le Tourmalet, c’est le symbole même de la légende du Tour puisqu’il s’agit du col le plus souvent gravi (86 fois, première apparition en 1910) par le peloton devant... Aspin (77 fois, depuis 1910 également). Mais au-delà de la puissance de ces mythes, les téléspectateurs du monde entier découvriront en juillet la majestuosité du cirque de Gavarnie, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. La grande cascade, cette Brèche de Roland qui a les allures d’un coup de sabre dans la montagne : les images des paysages donneront un fantastique coup de projecteur à cette nature d’une incroyable beauté. »
Un décor de carte postale que Bruno Armirail, l’enfant du pays, sillonne très souvent lors de ses entraînements. « En course, je ne crois pas que nous aurons l’occasion de réellement profiter de l’environnement dans lequel nous évoluerons, sourit le coureur de Visma - Lease a Bike. Mais devant leur écran, si le temps est de la partie, les téléspectateurs vont en prendre plein les yeux. Gavarnie, c’est absolument sublime ! »
« Gare au jeu d’influence que peuvent parfois lancer certaines grosses armadas désireuses de tester la concurrence très tôt dans le Tour », Bruno Armirail
Pyrénéen pur souche, le natif de Bagnères-de-Bigorre sera le régional de l’étape à plus d’un titre. « On traversera en effet ma commune après une soixantaine de kilomètres ce jour-là mais on passera aussi à proximité immédiate des deux établissements de “Chez Octave”, le café et magasin cycliste que j’ai lancé avec plusieurs associés à Bagnères d’abord, avant de reprendre, ensuite, celui situé au sommet du Tourmalet sous ce label. Je n’ai pas de club de supporters à proprement parler, mais je crois que je risque d’apercevoir quelques pancartes d’encouragement sur le bord des routes (rires)... »
Équipier de Jonas Vingegaard depuis l’hiver dernier, Bruno Armirail prendra les allures de guide cinq étoiles pour son leader danois sur des routes qu’il connaît par cœur. « La première phase de course, qui reliera Pau à Lourdes, est un des classiques du Tour lors de sa traversée des Pyrénées ces dernières années. On empruntera ensuite les côtes de Loucrup et de Mauvezin avant d’attaquer les choses plus sérieuses. La première n’est située qu’à huit kilomètres de mon domicile mais c’est la deuxième qui est la plus musclée. Une mise en jambes idéale avant l’enchaînement Aspin-Tourmalet en une quarantaine de kilomètres à peine. Nous escaladerons l’Aspin par le versant que je considère comme le plus roulant, même si certains coureurs risquent de buter sur le profil des cinq derniers kilomètres un peu plus durs. Dans la foulée d’une descente un rien technique dans sa première partie mais large et assez rectiligne dans la seconde, on abordera le gros morceau du jour : le Tourmalet. À proximité des paravalanches et de La Mongie, il y a plusieurs tronçons assez raides, propices à des attaques et une sélection. Mais la grande question, ce jour-là, sera de savoir si les leaders pour le classement général seront décidés à lancer de grandes manœuvres sur une montée difficile mais dont le sommet pointe encore à près de quarante kilomètres de l’arrivée. Si une grosse armada décide de tenter un coup à cet endroit, il faudra probablement avoir de la main-d’œuvre derrière pour réussir à porter et épauler sa carte maîtresse jusqu’à Gavarnie ou presque. Car le final de cette étape est bien plus propice à une poursuite qu’à un raid en solitaire... »
« Devant leur écran, si le temps est de la partie, les téléspectateurs vont en prendre plein les yeux », Bruno Armirail
Le profil de la longue ascension qui mènera à la ligne d’arrivée est, il est vrai, en pente plutôt douce. « Cela monte à un peu moins de 4 % pendant 18 kilomètres, continue le triple champion de France du contre-la-montre. Je peux évidemment me tromper, mais ce n’est pas le type d’ascension qu’apprécient le plus les prétendants à la victoire finale comme tremplin ou étincelle pour un vrai feu d’artifice. Si je devais faire un pronostic sur le scénario le plus probable pour cette sixième étape, j’annoncerais alors la victoire de l’homme le plus fort issu d’une échappée matinale de costauds alors que dans le groupe des favoris, vingt à vingt-cinq coureurs termineraient roue dans roue. Mais gare tout de même au jeu d’influence que peuvent parfois lancer certaines grosses armadas désireuses de tester la concurrence en la poussant, très tôt dans le Tour, dans ses retranchements pour mieux la jauger. La clé, pour que le groupe de fuyards puisse aller au bout, tiendra sans doute dans l’avantage qu’il aura réussi à se construire avant de basculer au sommet du Tourmalet... »

