Les joyaux de la couronne (V/V)

Anders Lund, le stratège  

Le Danemark rejoint cette année la liste prestigieuse des pays ayant accueilli le Grand Départ du Tour de France. Cette grande première accompagne l’avènement d’une « génération dorée » dans le grand concert du cyclisme international. Comment ont-ils imposé leur talent ? Le site letour.fr est allé à la rencontre des coureurs, formateurs et dirigeants qui ont façonné le cyclisme danois moderne.   Voilà bientôt dix ans qu’Anders Lund a raccroché son vélo. À 37 ans, l’ancien coureur de l’équipe CSC/Saxo a réussi sa reconversion à la tête des sélections élite et espoirs danoises, avec lesquelles il a remporté cinq maillots arc-en-ciel et de nombreuses autres médailles mondiales et européennes. Il se dit « chanceux » de travailler avec une génération dorée pour laquelle il a de nouveaux plans de conquête.

I - L'inspiration

Enfant, Anders Lund jouait au football. « Puis j'ai eu une blessure au genou », se souvient le sélectionneur danois. « J'ai commencé à faire du vélo dans le cadre de ma convalescence et j'ai découvert que j'étais en fait un bien meilleur cycliste que j'étais footballeur ! » En 2004, ses talents lui ont valu une place au sein de l'équipe PH, « la première équipe junior danoise ambitieuse avec un programme international vraiment solide. J'ai couru avec Matti Breschel (2e des Mondiaux 2010) et Chris Anker Sorensen (14e et super combatif du Tour 2012, décédé dans un accident en 2021). » « C'est à partir de ce moment-là que j'ai pensé que je pouvais être un professionnel », se souvient le vice-champion du monde junior 2003. « J'ai aussi été inspiré par les coureurs danois de l'époque. Au début, je suivais Rolf Sorensen (2e des Jeux Olympiques de 1996, 4 top 10 aux Mondiaux). Les championnats du monde étaient diffusés à la télévision danoise et je m'asseyais sur le canapé pour le regarder. Il avait l’habitude de perdre du terrain dans les montées et de toujours revenir dans les descentes. C'était fascinant d'avoir un Danois dans le coup avec les meilleurs. »  

II - La reconversion

« J'étais plutôt bon chez les espoirs », explique le vice-champion de Liège-Bastogne-Liège Espoirs 2005. « Je gagnais plus de courses que Chris Anker Sorensen à l'époque. Cela a changé quand nous sommes arrivés au World Tour. Mon moteur souffrait un peu avec l'augmentation des distances et de l'intensité. Même si vous n'êtes pas le meilleur, vous avez besoin d’y croire, de rêver. Ça a tenu pendant les cinq, six premières années. Puis je me suis dit que si je n'étais plus capable de rêver de gagner les plus grandes courses, je ferais mieux de trouver autre chose. » Retiré du peloton à 28 ans, Lund s’est lancé dans des études d'histoire à l'université. « J'aimais bien mais je dois avouer que je n'étais pas l'élève le plus affuté », s'amuse-t-il. « Quand j'ai eu l'opportunité d'être l'entraîneur national, je suis retourné dans cette direction. J'ai commencé comme entraîneur des espoirs en 2016, et l'ancien entraîneur national a arrêté dans ma première année, donc je suis aussi en charge des élites depuis 2016. »  

III - La génération dorée

Pour la première de Lund, la sélection danoise a quitté Doha et les Mondiaux avec deux médailles dans les épreuves juniors, et une médaille d’or féminine pour Amalie Dideriksen. Depuis, les élites et espoirs dirigés par Lund ont remporté huit médailles et cinq maillots arc-en-ciel, notamment avec le sacre de Mads Pedersen en 2019. « Je suis avant tout le témoin du fort développement du cyclisme danois ces dernières années », se réjouit Lund. « Nous vivons des années dorées, avec le plus grand nombre de professionnels World Tour que nous ayons vu, et je dirais également que le niveau individuel des coureurs est plus élevé que jamais. » « Cela crée aussi des défis », explique le sélectionneur. « À l'époque, quand je courais avec l'équipe nationale, Matti Breschel était le capitaine, et parfois Jakob Fuglsang. Aujourd'hui, si je sélectionne les huit meilleurs coureurs danois, ils pourraient tous être capitaines, et certains pourraient regarder l'équipe et ne vouloir faire les Mondiaux que s'ils sont leaders. Le plus délicat est de constituer une équipe de coureurs habitués à s'entraider chaque année. Je pense que nous sommes près du but et cela nous rend vraiment dangereux en tant qu'équipe. »  

IV - La formation

Après le Grand Départ du Tour depuis Copenhague, Lund prendra la direction du Portugal pour les championnats d'Europe espoirs. « J'ai beaucoup plus de contacts avec les moins de 23 ans qu'avec les pros », confie le sélectionneur national. « Ils font des courses par étapes et des épreuves d’un jour tout au long de l'année, il est donc plus facile d’installer une culture dans l'équipe. Il s'agit essentiellement de sélectionner les coureurs les plus forts et d'appliquer la même philosophie selon laquelle nous travaillons en équipe et nous travaillons pour les chances de l'équipe. » « Parfois, on mise tout sur un seul gars, mais on cherche aussi d’autres ouvertures pour les autres », explique Lund, dont les coureurs ont récemment participé à la Course de la Paix espoirs. Sebastian Kolze Changizi a remporté la 2e étape et Jacob Hindsgaul Madsen a terminé 4e au général. « C'est une catégorie de formation, donc vous ne voulez pas déjà développer les coureurs en tant que domestiques. Même si ce sera peut-être leur rôle une fois dans le World Tour, ils doivent être affûtés, ils doivent être des gagnants pour avancer et devenir pro. »

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