Leur Bretagne à eux (II/V)

La Bretagne est à l’honneur sur le parcours du Tour de France 2021, avec un grand départ organisé à Brest et quatre étapes visitant les quatre départements de la région. Et bien que le record de 14 Bretons établi en 1958 soit hors d’atteinte, le peloton 2021 accueillera une petite dizaine de « régionaux du départ » qui vivront à coup sûr une séquence d’émotion et de fierté. Cinq d’entre eux racontent pour letour.fr leur Bretagne, des souvenirs d’enfance à leur rapport à la culture régionale… sans jamais s’éloigner très longtemps du vélo.
Pour son deuxième Tour de France, Valentin Madouas connaîtra le privilège de recevoir chez lui la planète cyclisme. Le coureur de Groupama-FDJ revendique un attachement indéfectible à sa ville natale de Brest, et plus largement au département du Finistère où a été tracé en intégralité le parcours de la première étape, en direction de Landerneau. Le rendez-vous est pris.

Valentin Madouas : « Un Breton ça ne lâche jamais rien, c’est persévérant »

Né le 12 juillet 1996 à Brest (29)
Equipes successives : Bretagne Séché Environnement (2015), FDJ (2016-2017), Groupama-FDJ (2018-2021)    
Principaux résultats :
2012 : champion de Bretagne cadets (c-l-m.)
2014 : vainqueur du challenge national juniors, vainqueur du Grand Prix Fernand-Durel
2015 : vainqueur des Boucles de la Loire, vainqueur de Manche-Océan
2016 : champion de France amateurs, champion de Bretagne espoirs, vainqueur de la Route bretonne, vainqueur du Circuit de Mené, vainqueur de la SportBreizh, vainqueur de la Ronde finistérienne
2018 : vainqueur de Paris-Bourges
Palmarès Tour de France : 2020, 27e  

GRAND  PRIX DE PLUMELEC HOMMES / 28 MAI 2016 / PLUMELEC / PHOTO BRUNO BADE / VALENTIN MADOUAS (FRA) ET SON PERE LAURENT (ANCIEN COUREUR PRO) /
GRAND PRIX DE PLUMELEC HOMMES / 28 MAI 2016 / PLUMELEC / PHOTO BRUNO BADE / VALENTIN MADOUAS (FRA) ET SON PERE LAURENT (ANCIEN COUREUR PRO) / © PRESSE SPORTS
madouas (valentin) - (fra) - || 134397_0011  France <motCle99> ACTION COMPETITION COVID ETAPE DE MONTAGNE GROUPAMA FDJ </motCle99>
madouas (valentin) - (fra) - || 134397_0011 France <motCle99> ACTION COMPETITION COVID ETAPE DE MONTAGNE GROUPAMA FDJ </motCle99> © PRESSE SPORTS
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madouas (valentin) - (fra) - || 137153_0009 France <motCle99> COMPETITION COVID GROUPAMA FDJ RAVITAILLEMENT </motCle99> © PRESSE SPORTS

Un coin de Bretagne
Il se dit que le tempérament breton gagne en puissance lorsqu’on s’enfonce en direction de la pointe du Finistère. C’est justement à Brest qu’est né Valentin Madouas, un jour de juillet 1996 où son père Laurent a remporté un sacré concours de circonstances sur le Tour de France. « Le médecin de l’équipe avait raté ma coupe de cheveux, on a été obligé de me raser totalement et j’avais une allure ridicule à cause des marques de bronzage, raconte l’ancien coureur de Motorola. Gérard Holtz était au courant et m’a demandé d’enlever ma casquette devant les caméras. Mon épouse se trouvait devant la télé, elle a été tellement choquée qu’elle a eu des contractions et elle a accouché dans la nuit, alors que c’était plutôt prévu pour début août. Elle m’a laissé dormir et m’a appelé le lendemain matin pour me l’annoncer, et c’est à ce moment-là que nous avons choisi son prénom ». Malgré une découverte du monde précipitée, Valentin a développé un attachement au quartier de Saint-Pierre, où il a grandi, « avec les copains on faisait du vélo dans les bois et on allait à la plage, à un kilomètre. On vivait à la fois en ville et proches de la nature ». Le même attrait pour les grands espaces et les sites sauvages laisse aussi à Valentin des souvenirs marquants dans le Finistère-sud, « parce que la maison de mes grands-parents était celle de mes vacances, à côté de la plage de Pentrez à Saint Nic. C’est un bord de mer très préservé, avec de petites maisons, des sentiers côtiers magnifiques, de jolies criques. Il n’y a pas de plages bondées, même dans les périodes où c’est fréquenté ».

Le maillot Gwen-ha-Du
Habitué à sillonner les routes du Finistère dès l’enfance, le cycliste débutant a surtout très vite appris à lever les bras, héritant certainement des dispositions transmises par son champion de papa. « Ça m’a très vite souri, alors que je ne roulais pas, je faisais seulement deux sorties d’entraînement par semaine en juniors, se souvient l’ancien licencié du Bic 2000, qui garde notamment en mémoire le succès acquis sur la SportBreizh en 2016. C’est la grande course du département chez les juniors, la seule par étapes, et elle se joue sur mes routes d’entraînement. Ce sont des parcours typiques bretons, avec des montées et descentes sans cesse, et une belle arrivée sur l’un des points culminants du Finistère, au Mont Saint-Michel de Brasparts. Le matin de la course, j’étais en examen pour mon école d’ingénieur. J’avais été obligé de me dépêcher pour partir avant la fin de l’épreuve et mes grands-parents m’attendaient devant l’école pour m’accompagner le plus vite possible au départ. Il fallait être organisés : ils m’avaient préparé des pâtes que j’ai mangées dans la voiture, je me suis habillé on a récupéré le dossard et c’était parti pour la course. J’ai gagné la première étape et ensuite le classement général, le premier jour où je portais le maillot de champion de Bretagne ».

madouas (valentin) - (fra) -
madouas (valentin) - (fra) - © PRESSE SPORTS
Paris-Tours espoirs 2016 - 09/10/2016 - Bonneval / Tours (180 km) - Valentin Madouas; Champion de Bretagne Espoirs; Brest Iroise Cyclisme 2000
Paris-Tours espoirs 2016 - 09/10/2016 - Bonneval / Tours (180 km) - Valentin Madouas; Champion de Bretagne Espoirs; Brest Iroise Cyclisme 2000 © ASO/G.Demouveaux
madouas (valentin) - (fra) -
madouas (valentin) - (fra) - © PRESSE SPORTS

Esprit breton…
On prête aux Bretons des traits de caractère que Valentin Madouas retrouve comme une synthèse chez Bernard Hinault, un ambassadeur de la région dont le mode de vie en dit aussi long que le palmarès : « Par sa façon de s’exprimer et sa façon d’être, c’est le vrai Breton pour moi. Il est en totale adéquation avec le territoire, très attaché à ses valeurs, en étant percutant et sensible à la fois. Le fait qu’il se soit reconverti en agriculteur montre qu’il fait corps avec la région, qui est très agricole. Il aurait pu aller vivre au soleil et se la couler douce avec la carrière qu’il a faite, mais il aime sa terre ». Il va sans dire que le jeune homme adhère à cette ‘’Breizh attitude’’, ce que confirme son père, l’un des premiers à avoir observé cette ténacité : « Très tôt, quand il partait s’entraîner il n’était jamais gêné pour rouler sous la pluie ». En se replaçant comme un Breton parmi les siens, c’est bien ce que confirme le coureur de Groupama-FDJ : « Un Breton ça ne lâche jamais rien, c’est persévérant. On est comme ça dans le boulot ou dans le sport, on ne compte pas les heures de travail quand on a un objectif ».
Les plages de travail laissent aussi de l’espace à des festivités, le plus souvent organisées à grands renforts de cornemuses et de spécialités culinaires rarement recommandées aux cyclistes. Un univers dans lequel Madouas Jr se sent pour autant très à l’aise : « Je n’ai personne dans ma famille qui joue dans les bagadoù, mais on adore les fest-noz, on y va toujours pendant l’été. Il y en a toutes les semaines dans les villages, il y a de très grandes tables et la soirée se passe très simplement, dans la bonne humeur. On peut par exemple manger du kig ha farz… je ne sais pas le faire mais c’est un genre de pot-au-feu typiquement finistérien. C’est un peu gras mais mes grands-parents en cuisinent souvent ».

madouas (valentin)
madouas (valentin) © PRESSE SPORTS
veloamg // 18/05/2014 - TOUR DU CANTON DE TRELON (GLAGEON/GLAGEON) - photos Etienne Garnier - valentin madouas (bretagne)
veloamg // 18/05/2014 - TOUR DU CANTON DE TRELON (GLAGEON/GLAGEON) - photos Etienne Garnier - valentin madouas (bretagne) © PRESSE SPORTS
PARIS BOURGES 2018 / 4 OCTOBRE 2018 / PHOTO BRUNO BADE / VALENTIN MADOUAS (FRA) GFC VAINQUEUR / || 121069_0013  France <motCle99> ACTION COMPETITION GROUPAMA FDJ JOIE LIGNE D'ARRIVEE </motCle99>
PARIS BOURGES 2018 / 4 OCTOBRE 2018 / PHOTO BRUNO BADE / VALENTIN MADOUAS (FRA) GFC VAINQUEUR / || 121069_0013 France <motCle99> ACTION COMPETITION GROUPAMA FDJ JOIE LIGNE D'ARRIVEE </motCle99> © PRESSE SPORTS

Le pays du vélo…
Le cyclisme n’est pas un sport qui se pratique comme les autres en Bretagne. Un jeune coureur ressent de façon très nette que ses efforts et ses coups de pédale sont portés par tout un peuple. Valentin Madouas a très vite compris que dans cet environnement, la course cycliste a été hissée au rang d’institution : « Ça m’a plu tout de suite. Aller faire la queue avec sa licence pour s’inscrire, accrocher un dossard à son maillot, ce sont des habitudes de toutes les semaines et on les prend très au sérieux. C’est comme ça dans tous les villages, on est une terre de vélo : le bureau est installé dans un pur bar breton, les bénévoles se démènent pour qu’il y ait une belle ligne d’arrivée et un beau podium, au cœur du village en face de l’église. C’est pour ça qu’on est si attachés à nos villages ».

Le Tour en Bretagne
Les premiers souvenirs d’un peloton du Tour ne sont pas liés à la Bretagne pour Valentin, qui partait déjà sur les routes dans ses toutes premières années pour encourager son papa un peu partout en France : « J’ai par exemple en tête des images du Mont Ventoux où nous étions allés en famille ». Depuis, il a eu plusieurs occasions de voir le Tour s’aventurer dans le Finistère, a intégré le peloton pour la première fois l’année dernière, et attend maintenant le grand moment où il va jouer à domicile. « Vivre ce départ entouré de sa famille et avec tous ses proches… on va vivre quelque chose de magnifique. Et dans la première étape par exemple, nous allons passer à Saint-Nic, je sais que ce sera émouvant. Le Tour est toujours beau, mais là ce sera extraordinaire ».
On l’aura compris, Valentin le Brestois est bien animé par la fibre de la compétition. Il ne s’interdit d’ailleurs pas de candidater à la succession de Bernard Hinault, en tant que dernier vainqueur breton d’une étape bretonne, (c-l-m. de Plumelec, 1985). Pour des raisons aussi sportives que sentimentales, ce sont les deux premières étapes qu’il pointera dans son viseur : « Pour un Breton, gagner en Bretagne ce serait magnifique. Mais on sait tous que le début du Tour c’est très difficile, c’est très nerveux parce qu’il y a quasiment sur chaque étape le Maillot Jaune à aller chercher. Pour moi, comme pour David (Gaudu) ou d’autres puncheurs, gagner une étape à Landerneau ou à Mûr-de-Bretagne, ça signifierait également le Maillot Jaune. Tout ce que je peux dire, c’est que j’espère être prêt ».

Leur Bretagne à eux… l’épisode précédent, à découvrir ou à relire :
Cyril Gautier : « Les bagadoù, ça me file des frissons » (I/V)

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