
Compiègne
236.5 km
mardi 10 juillet
Vainqueur du prologue de Londres à plus de 53,7 km/h, Fabian Cancellara remporte l’étape de Compiègne, courue à une moyenne de 35,8 km/h. Le Suisse a mobilisé sa vitesse de pointe dans le dernier kilomètre, où les quatre échappés du jour, Matthieu Ladagnous, Nicolas Vogondy, Stéphane Augé et Frederik Willems ont été repris. L’attaque du maillot jaune achève les illusions des attaquants et surprend les principaux sprinteurs du peloton, qui ont dû se contenter des accessits.
Deux Français en tête
Les traces de la chute collective de la veille sont encore sensibles au départ de l’étape, mais deux candidats se signalent tout de même au km 6. Matthieu Ladagnous (Fra – FDJ), instigateur du mouvement, est suivi de Nicolas Vogondy (Fra – AGR). Les deux Français n’ont pas besoin de batailler longtemps pour obtenir un bon de sortie : vingt kilomètres plus loin, ils roulent avec 11 minutes d’avance sur le peloton.
33,5 km/h de moyenne
Sans précipitation, les coéquipiers du maillot jaune Fabian Cancellara se mettent en action au km 44, où un écart de 13’50’’ est enregistré entre les échappés et le peloton. En tête de course comme à l’arrière, l’allure reste modeste : après cinq heures de course, la moyenne des deux leaders n’est que de 33,5 km/h. Entre temps, le peloton a eu l’occasion de saluer Jean-Marie Leblanc, posté sur le parcours dans son village de Fontaine-au-Bois, où Romain Feillu est allé chercher deux points sur la ligne du sprint intermédiaire. Cette petite sortie lui permet de se placer provisoirement en troisième position du classement par points, à égalité avec Steegmans.
Augé obtient réparation
C’est avec Cédric Vasseur (Fra – QST) et Anthony Charteau (Fra – C.A) que les formations Quick Step et Crédit Agricole commencent à apporter leur soutien aux équipiers du Maillot Jaune, alors qu’il reste 115 km à parcourir jusqu’à Compiègne. Un léger effort rapproche le peloton aux alentours de quatre minutes, mais l’état d’urgence n’est pas déclaré. L’ambiance est d’ailleurs toujours au non interventionnisme lorsque Stéphane Augé (Fra – COF) décide, 29 km avant l’objectif, de partir à la chasse au point qui lui permettrait d’endosser le maillot à pois. Inspiré, Frederik Willems (Bel – LIQ) décide de l’accompagner. Les deux contre-attaquants opèrent la jonction avec Ladagnous et Vogondy au km 184. Frustré de la mésaventure de l’avant-veille, Augé obtient réparation en passant en tête au sommet de la côte de Blérancourt.
La meilleure défense, c’est l’attaque
Une course poursuite s’engage alors entre le peloton, qui s’anime enfin, et quatre coureurs plutôt frais dont le défi devient réalisable : à 20 km de l’arrivée, ils ont 2’18’’ d’avance. A 5 kilomètres, il ne leur reste que 27’’. Ce petit capital pourrait être suffisant, mais les quelques hésitations, puis les tentatives d’attaque de Willems, condamnent les échappés. Alors que les gros sprinteurs du plateau s’apprêtent à livrer leur dernier effort, c’est Fabian Cancellara qui fond sur le groupe de tête en décomposition, à 500 m de la ligne. Plus frais, plus puissant, il les déborde puis résiste jusqu’au bout au retour de Zabel, Napolitano, Boonen. Voilà ce qu’on appelle défendre son maillot jaune.
Le maillot jaune du Tour a coiffé à Compiègne les quatre coureurs échappés ainsi que tous les sprinteurs du peloton. Le coup n’était pourtant pas prémédité.
« J’ai vu les pavés, et je me suis dit qu’il fallait que je gagne dans la ville de départ de Paris-Roubaix, avec le maillot jaune sur les épaules. C’est un moment très spécial. Cela se passe à la fin d’une très longue journée, mais quand je regarde en arrière, c’était tout simplement parfait. Je n’avais jamais pensé à remporter cette étape. Je voulais juste ariver à la fin sans tomber, car je savais que les derniers kilomètres n’étaient pas si faciles. Puis j’ai vu que j’étais en bonne position alors je me suis dit que j’allais mettre les pleins gaz, et voir ce qui allait se passer.
Normalement je ne pense jamais à ce genre de coups, mais dans l’excitation du final, c’est l’instinct qui a parlé. On ne programme pas ce qui vient de se passer. »
Le sprinteur belge n’a pas fait évoluer son compteur de victoires d’étapes, mais a privilégié le marquage de Robbie McEwen dans l’optique de la défense du maillot vert. Comme les autres, il a été surpris par Cancellara.
« Fabian Cancellara est parti vraiment vite. Il a été incroyablement fort. A ce moment-là , j’étais déjà entrain de prendre la roue de McEwen et de faire ma course. Je ne pouvais pas me permettre de réagir à toutes les attaques, alors j’ai pris le risque de suivre McEwen. Je ne pouvais rien faire contre Cancellara.
Tout ceux qui étaient impliqués dans le jeu habituel des arrivées au sprint n’ont pas pu répondre à son attaque.
Finalement je n’ai pas gagné l’étape, mais j’ai gardé le maillot vert. C’était les deux choix qui s’offraient à moi, et c’est pour cela que je marquais Robbie »
Parti au km 6, Matthieu Ladagnous a passé près de 230 km en tête de course. Le rythme a été particulièrement lent pendant la majeure partie de la journée.
« Pendant toute la journée, le rythme a été volontairement lent car nous n’avons pas voulu nous faire mal aux jambes e prévision du final. Nous savions qu’en accélérant, nous provoquerions aussi l’accélération du peloton. Le peloton a donc joué avec nous, et nous avons joué avec le peloton. Le plan était d’essayer d’arriver à 40-50 km de l’arrivée avec 4 ou 5 minutes d’avance. Cela a presque marché.
Lorsque Augé et Willems sont arrivés, j’ai vraiment commencé à y croire. Ensuite j’y ai cru jusqu’au bout enfin jusqu’au moment où Cancellara nous a doublé. Se faire reprendre à 200 mètres de l’arrivée, c’est quand même rageant »
Déçu l’avant-veille dans sa quête du maillot à pois, le Français a mis une stratégie en place pour l’endosser aujourd’hui. Avec succès.
« C’est une satisfaction, car c’était un de mes objectifs de porter ce maillot. Même si je ne le porte qu’un jour et que je le perds demain, j’ai eu ce que je voulais. C’était le but de ma journée, mais ensuite quand nous avons réalisé que la victoire d’étape était peut-être jouable, il fallu tout donner. Cela se joue finalement à peu de choses. D’abord nous étions un peu cuits, ensuite il a eu cette petite portion de pavés qui nous a ralentis, et nous nous sommes un peu trop regardés ».
1. Cancellara
2. Zabel
3. Napolitano
4. Boonen
5. Hunter
Le Suisse a repris les quatre échappés dans les 500 derniers mètres et a résisté au retour du peloton.
Le maillot jaune est sorti du peloton et attaque les échappés...
Ladagnous, Vogondy, Willems et Augé se regardent...
Les leaders ont 20’’ d’avance...