
Roubaix
257.5 km
dimanche 8 avril
Tom Boonen a été ponctuel au rendez-vous alors qu’il portait l’étiquette de favori numéro 1 : il a rejoint au palmarès de Paris-Roubaix son compatriote Roger De Vlaeminck, seul jusqu’à ce jour à avoir remporté quatre fois la classique nordiste. Le Flamand l’a joué à la manière forte en s’isolant à 55 kilomètres du vélodrome où il a été acclamé en grand champion une semaine après s’être adjugé le Tour des Flandres.
Le départ donné à 194 coureurs (un non-partant : Francisco Ventoso de l’équipe Movistar) a été suivi de nombreuses escarmouches, toutes infructueuses, jusqu’à la formation, au km 67, d’un groupe de tête composé de douze coureurs : Guillaume Van Keirsbulck (Omega Pharma-Quick Step), Yaroslav Popovych (RadioShack-Nissan), Kenny De Haes (Lotto), Frederik Veuchelen et Bert-Jan Lindeman (Vacansoleil), David Boucher (FDJ-BigMat), Michael Morkov (Saxo Bank), David Veilleux (Europcar), Dominik Klemme (Argos-Shimano), Laurent Mangel (Saur-Sojasun), Aleksej Saramotins (Cofidis) et Grishka Janorschke (NetApp). L’énorme volonté de l’ensemble des équipes d’être représenté dans l’échappée précédant l’approche des secteurs pavés a accéléré l’allure générale du peloton qui a couvert les deux premières heures à la moyenne de 47,5km/h.
A la mi-course, l’écart de 4’35’’ était le plus élevé enregistré par les chronométreurs. Frédéric Guesdon (FDJ-BigMat), qui faisait ses adieux à la compétition, s’est retrouvé piégé dans une chute survenue aux premières positions du peloton sur le secteur pavé numéro 21. Le groupe de tête, allégé de quatre coureurs suite à une chute dans la trouée d’Arenberg et à une crevaison de De Haes, est repris par un groupe mené par Tom Boonen à 66km de l’arrivée. Les Français s’illustrent : à 61km du but, un groupe se forme en tête, composé de Sylvain Chavanel (Omega Pharma-Quick Step), Sébastien Turgot (Europcar), Matthieu Ladagnous (FDJ-BigMat), Laurent Mangel (Saur-Sojasun) et du Suisse Michael Schär (BMC). Coup sur coup, des outsiders comme Thor Hushovd et Filippo Pozzato sont éliminés sur crevaison tandis que Chavanel connaît lui aussi la malchance en crevant au mauvais moment.
Dès l’exclusion du champion de France de la tête de course, Boonen l’y remplace à 58km du vélodrome de Roubaix. En trois temps, se forme un groupe de cinq : Tom Boonen et Niki Terpstra (OPQS), Filippo Pozzato (Farnese Vini), Alessandro Ballan (BMC) et Sébastien Turgot (Europcar). La situation ne convient pas à Boonen qui fait la différence, dans un premier temps avec son coéquipier Terpstra, à 55km de l’arrivée. Mais le Hollandais ne parvient à suivre le Belge sur les pavés du secteur n°11.
Le cavalier seul de Tom Boonen ne permet pas au groupe de quatorze poursuivants d’opérer la jonction en dépit du surnombre de l’équipe Sky, représentée par Juan Antonio Flecha, Edvald Boasson Hagen, Matthew Hayman et Ian Stannard, auprès du vainqueur sortant Johan Vansummeren (Garmin-Barracuda), Niki Terpstra (OPQS), Lars Boom et Maarten Wynants (Rabobank), Alessandro Ballan (BMC), Luca Paolini (Katusha), Matthieu Ladagnous (FDJ-BigMat), Matteo Tosatto (Saxo Bank), Sébastien Turgot (Europcar) et Jacopo Guarnieri (Astana).
Une crevaison à 12km de l’arrivée a empêché Ladagnous de disputer ses chances de terminer sur le podium alors qu’il accompagnait Boom, Ballan et Flecha. Mais un autre Français est revenu in-extremis sur ce trio de chasse : Sébastien Turgot. Le Nantais d’Europcar a devancé Ballan pour la deuxième place derrière l’intouchable Boonen qui a signé sur le vélodrome de Roubaix son quatrième triomphe.
N’était-ce pas un peu fou de partir dans un tel raid à 55km de l’arrivée ?
C’était un peu fou et ce n’est pas quelque chose que je suis habitué à faire. Mais c’était le jour parfait pour prendre des risques, étant donné que j’avais déjà engrangé la victoire au Tour des Flandres dimanche dernier. Toutefois, je n’avais pas planifié cela. Ayant gagné les Flandres, je me suis dit : pourquoi ne pas essayer de gagner Paris-Roubaix de manière spéciale. Le vent a rendu la course difficile. J’avais peur qu’un coureur frais, de la trempe de Ballan ou Pozzato, revienne, auquel cas ça m’aurait compliqué la tâche.
A quoi avez-vous pensé durant tous ces kilomètres en solitaire ?
Je n’ai pas pensé à la course ni au record, j’ai seulement eu en tête de me battre et de passer chaque pavé et chaque kilomètre les uns après les autres. A partir du moment où j’ai eu vingt secondes d’avance, j’ai continué sans forcer pour m’octroyer au plus vite une minute d’avance, au contraire, je me suis appliqué à augmenter mon avance seconde par seconde. C’était la meilleure option pour que je reste en tête. Normalement, je préfère utiliser mon sprint pour gagner, c’est plus sûr. Paris-Roubaix, c’est la seule course où nous pouvons accomplir deux tours de piste en communiant avec le public.
Quel message avez-vous voulu transmettre en montrant quatre doigts à la caméra avant d’entrer dans le vélodrome ?
C’était pour ma copine qui est restée à la maison, pas pour Roger (De Vlaeminck) ! Gagner quatre fois Paris-Roubaix, c’est dur, surtout à cette époque-ci de l’histoire du cyclisme. Maintenant, je suis le seul à avoir réalisé deux fois le doublé Flandres-Roubaix. Je resterai peut-être le meilleur coureur sur les pavés, mais ma carrière n’est pas encore finie. Je reviendrai.
Frédéric Guesdon a fondu en larmes au milieu du vélodrome de Roubaix en terminant la dernière course de sa carrière, qui ne s’est pas déroulée comme il l’aurait souhaité car il a été pris dans la première grosse chute de Paris-Roubaix, puis a crevé à Denain et a été tardivement assisté. « J’ai eu le temps de penser à ma fin de carrière car j’étais seul ou dans un groupe d’attardés avant de rejoindre le vélodrome, a-t-il brièvement commenté. C’est un peu une déception de finir comme ça mais l’objectif, c’était d’être au départ de l’épreuve. Je n’étais pas trop mal physiquement. Sans ces pépins, j’aurais pu faire un meilleur résultat. » Son équipe FDJ-BigMat a fêté au champagne la fin de carrière du vainqueur de Paris-Roubaix 1997.
« Si on m’avait prédit que je terminerais deuxième de Paris-Roubaix, je ne l’aurais pas cru, mais j’ai bien manœuvré. Depuis un moment, mes sensations étaient bonnes. Au Tour des Flandres et dans les autres courses flamandes, notre équipe Europcar a récolté de bonnes places mais il nous manquait la réussite. Là, j’ai tenté ma chance à 60km de l’arrivée. Ça tournait bien, puis à deux ou trois kilomètres de l’arrivée, j’ai aperçu le groupe qui allait disputer la deuxième place, alors j’ai tout donné pour rentrer et j’ai pensé que j’avais ma chance au sprint. J’ai pourtant cassé quelques rayons en touchant la roue de Flecha mais je me suis dit : ce n’est pas grave. J’ai tout donné pour finir deuxième. Je ne peux qu’être content. Je vais continuer à travailler pour essayer de battre Tom Boonen mais aujourd’hui, ce n’était pas possible. »
« Quand je me suis retrouvé devant avec Pippo (Pozzato), c’était assez loin de l’arrivée (à 57km), mais Terpstra est venu avec moi et on est partis et j’ai prolongé seul. C’était vraiment loin mais comme personne ne voulait travailler avec moi, il valait mieux que je ne m’occupe de rien ni personne. J’ai pris chaque kilomètre après chaque kilomètre, sans extrapoler. Mon quatrième Paris-Roubaix, c’est le plus beau. C’est aussi la plus belle de toutes les courses que j’ai gagnées. Elle vient au bout de six mois de travail qui m’ont emmené en excellente condition à cette période de l’année. Gagner, ce n’est pas seulement une question de forme, on a aussi besoin de chance et d’une équipe. Avoir gagné un quatrième Paris-Roubaix, c’est extraordinaire. »
Sébastien Turgot est déclaré 2e tandis qu’Alessandro Ballan prend la troisième place de Paris-Roubaix pour la troisième fois après 2006 et 2008.
Revenu in-extremis sur le trio de chasse avant l’entrée sur le vélodrome, Sébastien Turgot, premier Français, sprinte pour la deuxième place mais s’incline de justesse face à Ballan qui le remonte.
Tom Boonen franchit en vainqueur la ligne d’arrivée de Paris-Roubaix.
A l’entrée du dernier secteur pavé, à un kilomètre de l’arrivée, Tom Boonen montre quatre doigts, comme le nombre de ses succès dans Paris-Roubaix, à la caméra.
A 5km du but, Boonen compte 1’30’’ d’avance.