L'éditorial

On l'appelle la « course des lévriers » parce qu'elle a souvent été propice aux rapides routiers-sprinters ; on la surnomme « la course aux feuilles mortes » parce que les couleurs de l'automne lui composent son décor, entre la Beauce et la Touraine. Et pourtant, Paris-Tours, dernière grande classique française de la saison, prend un malin plaisir à s'échapper des clichés que son histoire lui a valus.


Son histoire ? Elle a plus de cent ans, comme Paris-Roubaix et comme Liège-Bastogne-Liège, ses prestigieuses « consœurs ». Et pour cause de guerres et d'interruptions, elle en sera cette année à sa centième édition. Ce qui se fêtera, bien entendu.

Mais, disions-nous, la personnalité de Paris-Tours est changeante. Tout d'abord en raison de sa trajectoire géographique nord-est / sud-ouest qui fait qu'elle peut-être propulsée à toute allure par le vent, ou bien alors carrément freinée. De même qu'on la suit parfois en manches courtes sous le soleil de l'été indien, ou au contraire engoncés dans les imperméables et les parkas de la Toussaint. Impossible de savoir à l'avance.

Impossible aussi d'anticiper le scénario qui, lui aussi, dépend souvent des conditions climatiques. L'avenue de Gramont à Tours nous a parfois offert des sprints somptueux à la manière de celui qui fit l'an dernier d'Erik Zabel un vainqueur pour la troisième fois. Il est arrivé au contraire que les attaquants, les baroudeurs, eurent le dernier mot : ainsi Richard Virenque en 2001 et Jacky Durand en 1998 s'inspirèrent de la ténacité manifestée par Albert Bouvet en 1956 et lui succédèrent au titre des rares vainqueurs français de la période contemporaine.

Bref, Paris-Tours n'est pas une classique conventionnelle et cette édition 2006 que la ville de Tours, le quotidien « La Nouvelle République » et les organisateurs d'Amaury Sport Organisation s'apprêtent à célébrer, aura pour mission d'apporter à cette fin de saison et au sport cycliste ce regain de flamme et d'enthousiasme dont ils ont besoin.


Jean-Marie LEBLANC