
Saint-Flour
208 km
dimanche 10 juillet
Un an jour pour jour après Sylvain Chavanel aux Rousses, c’est un autre Français, Thomas Voeckler, qui prend les commandes du Tour de France au terme d’une échappée qu’il a initiée dans la première ascension de la journée. Six hommes de tête ont longtemps progressé sous la menace d’un peloton qui a été bousculé par une chute dans la descente suivant le col du Pas de Peyrol, où Alexandre Vinokourov et Jurgen Van den Broeck ont quitté la course, blessés. La situation a alors tourné à l’avantage de l’échappée, elle aussi perturbée par un accident à 35 km de l’arrivée. C’est donc un trio qui s’est présenté à Saint-Flour : l’étape est revenue à Luis-Leon Sanchez, déjà vainqueur dans le Cantal il y a trois ans (Aurillac). Thomas Voeckler endosse quant à lui le Maillot Jaune, qu’il portait déjà lors de la visite du Tour dans la ville en 2004.
Voeckler profite de la côte de Massiac
La première attaque du jour est lancée par Lieuwe Westra (VCD), en compagnie de Pavel Brutt (KAT). Mais sur une étape dont le profil se prête aux longs raids, les ambitieux se précipitent à l’avant. Les attaques sont systématiquement anéanties par le retour du peloton, jusqu’à la côte de Massiac, où Thomas Voeckler (EUC) profite de la pente. Après une accélération en deux temps (km 41, puis à 1km du sommet), le Français roule momentanément seul en tête. Il est rapidement rejoint par Flecha (SKY) et LL.Sanchez (RAB), puis au km 51 par Terpstra (QST), Casar (FDJ) et Hoogerland (VCD).
Gesink en difficulté
Si la première difficulté du jour sourit à Voeckler, elle met en lumière les difficultés de Robert Gesink, qui peine à suivre le rythme du peloton. Les positions respectives des échappés au général incitent en effet le peloton à garder une distance raisonnable, autour de 3’. C’est dans cette configuration qu’Alberto Contador se retrouve à terre au km 84, sur une chute sans gravité. Dans la montée vers le Puy Mary, le groupe de tête perd Niki Terpstra, et distance momentanément Hoogerland. L’absence du Néerlandais permet à Voeckler de prendre les 5 points attribués au premier. Il se charge également d’ouvrir la route dans la descente.
Abandon pour Vino et VDB
Lancé à la poursuite du groupe de tête, le peloton atteint le Puy Mary avec 3’25’’ de retard. Dans la descente, une chute met à terre de nombreux coureurs au km 102. Les dégâts sont importants parmi les têtes d’affiche du Tour : l’abandon est inévitable pour Alexandre Vinokourov, qui souffre d’une fracture du fémur ; Jurgen Van den Broeck laisse quant à lui une clavicule. C’est aussi la fin pour Frederik Willems (fracture de la clavicule) et pour David Zabriskie (fracture du poignet). Après l’accident, l’interruption de la poursuite permet à l’échappée de gagner du terrain. Au col du Perthus, les cinq hommes de tête enregistrent un écart maximal de 7’40’’.
Accident à 35 km de l’arrivée pour Flecha et Hoogerland
L’équipe Omega Pharma Lotto reprend ensuite les commandes du peloton, qui se rapproche à 4’45’’ de l’échappée au moment de croiser le Plomb du Cantal (km 154). Un nouvel accident change ensuite la donne en tête de course : heurté par un véhicule, Flecha chute et emmène avec lui Hoogerland. L’Espagnol est touché au coude, tandis que le nouveau leader du classement de la montagne termine son vol plané dans les barbelés. C’est donc un trio de tête qui poursuit sa route vers Saint-Flour, avec l’équipe Omega Pharma Lotto à ses trousses. Peu après le passage au sprint intermédiaire, remporté dans le peloton par Philippe Gilbert, ses équipiers cèdent la responsabilité de la poursuite aux Garmin-Cervélo. Mais à 15 km de l’arrivée, le retard de 4’10’’ dissuade également Hushovd de mettre ses camarades à contribution. Ce sont alors les équipes BMC et Leopard-Trek qui prennent le relais.
Evans à 2’26’’ de Voeckler au général
A l’avant, le Maillot Jaune est promis à Thomas Voeckler, qui donne l’allure du trio pour s’assurer la marge la plus importante possible. L’étape se joue au sprint : Luis-Leon Sanchez lâche ses deux rivaux sur une accélération placée à 300 m de l’arrivée. Il remporte sa troisième victoire sur le Tour de France, la première avec le maillot de Rabobank. L’Espagnol devient aussi le premier poursuivant de Thomas Voeckler au général, avec 1’49’’ de retard, tandis que le podium provisoire est complété par Cadel Evans, à 2’26’’.
« C’est une très mauvaise journée, puisque nous avons perdu Van den Broeck sur une chute. C’était une descente assez rapide. Nous sommes arrivés très vite. J’ai eu le bon réflexe de regarder à gauche, et j’ai réussi à éviter les autres coureurs. Il y en avait partout. La chute était très impressionnante, et je ne savais pas ce qui était arrivé à Willems. Puis j’ai appris que c’était fini pour Van den Broeck.
Ensuite nous avons cherché à gagner l’étape, mais Garmin ne roulait pas avec nous pour reprendre l’échappée. Ils venaient un peu à l’avant du peloton avec nous, puis ils repartaient… »
« J’ai toujours dit que je n’avais pas d’objectif précis sur ce Tour, mais pas de limite non plus. Je n’ai pas réussi à gagner l’étape, mais je pense que personne ne m’en voudra. A un moment il fallu faire un choix. Et à 60 km de l’arrivée, j’ai discuté avec mon directeur sportif, et nous avons décidé de privilégier le Maillot Jaune, sans avoir la certitude que nous allions arriver avec une avance suffisante. A partir de ce moment j’ai roulé comme si j’étais un échappé solitaire à l’avant de la course, ce qui signifie que je faisais une croix sur l’étape.
Quand je repense au mois de septembre dernier, lorsque l’équipe n’avait pas de repreneur, je suis content de voir où nous en sommes maintenant. Nous n’aurions pas imaginé un tel scénario, et je crois qu’Europcar ne doit pas regretter son implication.
Ce qui est certain, c’est qu’on ne me prendra pas ce maillot demain, puisque c’est repos ! Ensuite je vais me battre pour le garder, mais les conditions ne sont pas du tout les mêmes qu’en 2004. Je n’ai pas neuf minutes d’avance, alors cela m’étonnerait que j’arrive à rester en tête 10 jours. »
« C’est vraiment dommage ce qu’il s’est passé avec Flecha et Hoogerland, car le plus dur était fait à ce moment. Lorsque c’est arrivé, nous avons ralenti pour voir s’ils se relevaient, et ensuite nous avons regardé pour savoir s’ils pouvaient revenir avec nous. Mais nous avons vite compris qu’ils ne pourraient pas. Il y avait l’étape en jeu, alors avec Voeckler et Casar, nous avons décidé de continuer de rouler.
Dans le final, c’est vrai qu’il y avait une revanche de l’année dernière avec Casar. Mais à Saint-Jean-de-Maurienne c’était très différent, car je ne connaissais pas le final. Alors qu’aujourd’hui, j’avais bien étudié le parcours, je savais qu’il y avait une côte et ensuite un virage. Et surtout j’avais une énorme confiance, je me sentais très fort.
Nous n’avons jamais su ce qui s’est passé dans le peloton (la chute du km 102). Lorsque l’écart a augmenté rapidement, pour atteindre près de huit minutes, nous avons imaginé que les Garmin avaient cessé de rouler pour laisser la responsabilité de la course à d’autres équipes. En fait nous n’avons appris la chute qu’en arrivant à Saint-Flour. »
« J’étais dans un sale état au début de l’étape, mais cela s’est amélioré pendant l’étape. Il faut que je remercie mes coéquipiers, qui ont continué de me motiver et de m’aider toute la journée. Ils ont été là pour moi, et c’est très important. Et voir Luis gagner l’étape, cela rend la journée exceptionnelle, beaucoup plus belle que les précédentes.
Lorsque j’ai vu la chute, j’étais soulagé de ne pas me trouver dedans. Je suis arrivé dans le virage, et c’était le chaos total. Il y avait des gars par terre sur la route, sur le bas-côté, et ça avait l’air assez grave. Mais malheureusement cela fait partie du vélo. »
« On peut être contents d’être toujours vivants. C’est horrible. Je ne veux blâmer personne, car on ne fait jamais ce genre de choses volontairement. Ceux qui conduisaient la voiture doivent déjà se sentir terriblement coupables, et ils vont certainement s’excuser. En tout cas Juan Antonio est venu me voir pour s’excuser. Cela ne devrait pas arriver, mais il y a toujours un risque.
J’ai trois grosses coupures d’environ sept centimètres de long, et assez profondes. Maintenant je vais aller à l’hôpital, et je pense que l’on va me poser au moins 30 points de suture. J’ai le maillot à pois, mais je crois que la journée de repos va être très douloureuse pour moi. »
Europcar n’a pas seulement pris la tête du classement général individuel avec Thomas Voeckler, mais également par équipes, à la faveur de l’échappée de l’ancien champion de France, et des temps assurés par Pierre Rolland et Anthony Charteau dans les cinquante premiers. Au classement de l’étape, Europcar est toutefois devancée par Rabobank car les deux coéquipiers du vainqueur Luis Leon Sanchez, à savoir Robert Gesink et Carlos Barredo, ont mieux résisté que ceux de Voeckler. Les cartes sont donc redistribuées à la fin du premier tiers-temps du Tour de France : Europcar devance Leopard-Trek (toujours 2e !) de 32 secondes, RadioShack de 1’02’’, Rabobank de 1’18’’ et les anciens leaders, Garmin-Cervélo, de 1’50’’.
Deuxième de l’étape, le leader d’Europcar va retrouver le Maillot Jaune, qu’il portait déjà lors de son dernier passage à Saint-Flour, lors du Tour 2004.
L’Espagnol a attaqué à 300 m de l’arrivée, et remporte sa 3ème victoire sur le Tour de France.
LL.Sanchez ferme la marche du trio...
A titre exceptionnel, le jury distingue deux coureurs : Juan Antonio Flecha et Johnny Hoogerland.
Voeckler mène toujours le trio dans l’ascension.