
Grenoble
42.5 km
samedi 23 juillet
Dominateur sur ce même parcours pendant le Critérium du Dauphiné, Tony Martin remporte le chrono final du Tour de France sans avoir réellement eu à défier Fabian Cancellara, pénalisé par la pluie qui tombait en fin de matinée. Bien plus tard dans la journée, un duel pour le Maillot Jaune était attendu à 24 heures de l’arrivée, entre les deux vice-champions des quatre dernières éditions du Tour. L’avance de 57’’ d’Andy Schleck ne lui a pas suffi pour conserver sa position. Redoutable spécialiste du contre-la-montre, Cadel Evans a signé le deuxième temps du jour pour partir à la conquête du Maillot Jaune. Il s’apprête, avec 1’34’’ d’avance sur son malheureux dauphin, à devenir le premier vainqueur australien du Tour, demain à l’arrivée à Paris.
Cancellara délogé par Porte
Fabio Sabatini (LIQ), « lanterne rouge » du Tour, ne connaît même pas le loisir d’établir un premier temps de référence. Car Danny Pate, parti en troisième position, double sur sa route à la fois Amador (MOV) et Sabatini. Son chrono résiste aux arrivées de Bodnar et d’Ignatiev, mais pas à Lieuwe Westra, qui s’installe provisoirement au sommet. Si Fabian Cancellara s’élance sur le sec, il passe l’essentiel du parcours sous la pluie, ce qui ne l’empêche pas d’améliorer nettement le score de Westra, de 57’’. La moyenne de 44,51 km/h du quadruple champion du monde semble accessible pour les meilleurs rouleurs. Le champion d’Italie Adriano Malori, ainsi que Kristjan Koren, s’en rapprochent. Mais c’est Richie Porte qui efface des tablettes le spécialiste attitré des chronos, avec 12’’ de moins.
Martin élève les débats
Comme Richie Porte, Thomas De Gendt bénéficie d’une route qui a en partie séché. Il profite de l’aubaine pour prendre la tête de l’étape, avec 1’’ d’avance sur Porte au classement provisoire. C’est également sur terrain sec que Tony Martin avale le parcours à une vitesse moyenne de 45,9 km/h et place la barre beaucoup plus haut. Vainqueur sur le même parcours durant le Critérium du Dauphiné, l’Allemand ne prend que 5’’ de plus pour achever cette « petite boucle ». Avec 1’29’’ de moins que Thomas De Gendt, la cause semble déjà entendue pour la victoire d’étape.
Rolland conserve le maillot blanc
Le chrono de Grenoble propose surtout des confrontations à plusieurs étages pour le classement général. Par ordre d’apparition, un premier duel d’importance se joue entre Pierre Rolland, porteur du maillot blanc, et Rein Taaramae, qui a dans sa cible le héros de l’Alpe d’Huez. Avec 1’33’’ d’avance, mais un potentiel théorique inférieur, le coureur d’Europcar parvient à défendre son rang de meilleur jeune, avec une marge de 46’’.
Andy Schleck, trois fois 2ème
En clôture de programme, un match royal oppose Cadel Evans à Andy Schleck, tous deux prétendants à une première victoire sur le Tour de France. Les deux hommes ne sont séparés que par 57’’ au classement général, mais la supériorité de l’Australien dans le contre-la-montre se confirme dès les premiers pointages. Après 20 kilomètres de course, la balance penche en faveur d’Evans. L’avantage est confirmé à 5 km de l’arrivée, où le Maillot Jaune est déjà virtuellement tombé des épaules du Luxembourgeois, passé avec un retard de 1’45’’. A l’arrivée, Cadel Evans signe le deuxième temps du jour, à seulement 7’’ de Tony Martin. C’est bien plus que nécessaire pour aller chercher le titre qui lui a échappé dans des circonstances similaires en 2008. Andy Schleck franchit la ligne avec un retard de 2’31’’ sur son rival. Son Tour devrait donc s’achever à la 2ème place du classement général, comme en 2009 et en 2010, avec cette fois-ci un retard de 1’34’’ sur le Maillot Jaune, encore jamais conquis par un coureur Australien sur les Champs-Elysées.
« L’année dernière, Aldo Sassi m’a dit ‘maintenant que tu as gagné les championnats du monde, ta carrière est déjà presque complète, mais tu peux gagner un grand Tour et j’espère pour toi que ce sera le Tour de France’. Il croyait en moi depuis 2001, et il n’a jamais douté de mes compétences, il n’a jamais abandonné et à traversé avec moi les bons comme les mauvais moments.
J’ai eu des périodes difficiles dans les dix dernières années, mais cela rend encore meilleurs les bons moments.
Sur le contre-la-montre de 2007, Contador était dans une forme particulièrement bonne, et moi j’ai eu une journée moyenne, je m’étais classé 7ème ou 8ème. En 2008 j’étais blessé, épuisé, j’étais chaque jour à mon point de non retour. Physiquement et émotionnellement, c’était trop dur. Et sur un contre-la-montre, les petites faiblesses peuvent prendre de l’ampleur. C’est pour cela que quand tout le monde me disait ‘c’est sûr, tu vas gagner’, je me montrais méfiant. Cela reste le Tour le plus difficile que j’ai vécu.
Aujourd’hui, j’ai juste abordé cette journée comme une autre. Nous avions un plan qui passait par les points A-B-C-D, et nous l’avons suivi. Nous avons fait du mieux possible, et nous arrivons à quelques secondes de la victoire d’étape. Mais je suis sûr que quand je le regarderai, j’y prendrai du plaisir.
La course a été assez étrange. Dans les montagnes, nous n’avions pas une équipe extrêmement forte. Mais nous avons fait ce qu’il fallait à chaque moment. Tout le monde dans l’équipe, à chaque étape de ce chemin, a fait tout ce qu’il a pu pour m’amener à cette position aujourd’hui.
Je n’y crois pas complètement encore. Je remercie tous ceux qui ont joué un rôle dans ce succès. Je parle des vingt années de travail qui ont abouti à cette performance. Maintenant j’espère qu’il fera beau demain sur les Champs-Elysées, et que j’y arriverai sans aucun problème. »
« Je me suis senti très bien dès le début de la course. J’ai vite trouvé mon rythme, et j’ai réussi à monter assez vite toutes les côtes, puis dans les descentes j’avais une bonne vitesse. J’étais très nerveux quand je regardais le chrono de Cadel Evans, car au début j’avais une bonne avance, mais ensuite il s’est rapproché à 7’’. Alors dans le dernier kilomètre, je me demandais s’il allait faire mieux que moi, c’était très stressant. Gagner une étape sur le Tour de France, c’est mon objectif depuis très longtemps. Alors c’est une grande journée pour moi. »
« Dans la soirée, tout le monde me disait dans l’équipe que c’était bon, que j’allais garder le maillot blanc. Mais il ne faut pas vendre la peau de Rein avant de l’avoir tué ! Sur le papier, Taaramae était plus fort que moi, mais la différence s’est faite à la fraîcheur. Ma qualité première, c’est la récupération, et je me suis donc présenté plus frais sur ce chrono. Je ne savais pas ce matin si mes jambes seraient bonnes, après ce que j’ai fait dans la journée d’hier. Et quand je suis monté sur le home trainer, tout semblait bien aller.
Pendant le chrono, je n’arrivais pas à y croire. A 5 kilomètres de l’arrivée, ma radio s’est débranchée, donc je ne connaissais plus les écarts. Et j’ai même cru que mon directeur sportif ne me les donnait pas parce qu’ils n’étaient pas bons. Je me suis transcendé pour garder ce maillot, et d’ailleurs au premier temps intermédiaire, j’ai vu que je n’avais qu’une minute de retard sur le meilleur temps, alors qu’en règle générale je suis plutôt entre 2’ et 2’30’’ à ce stade d’un chrono.
Maintenant je suis un peu superstitieux, alors j’attends de franchir la ligne d’arrivée de Paris, sans incident. A Paris il n’y aura que 4 maillots sur le podium, et j’en ai gagné un ! »
1. Tony Martin 2. Cadel Evans, à 7’’ 3. Alberto Contador, à 1’06’’ 4. Thomas De Gendt, à 1’29’’ 5. Richie Porte, à 1’30’’
Le Luxembourgeois perd le Maillot Jaune, qui revient à l’Australien Cadel Evans.
L’Australien signe le deuxième temps, à 7’’ de Tony Martin sur le parcours du chrono.
Il signe le 12ème temps provisoire, qui lui permettra de conserver la 4ème place du classement général.
Le Luxembourgeois est en passe de perdre le Maillot Jaune, qu’il ne porte depuis ce matin qu’avec 57’’ d’avance sur Evans.