
Tours
252 km
dimanche 12 octobre
La persévérance a payé pour Philippe Gilbert, qui a connu à deux reprises, en 2005 et en 2007, la frustration d’être repris par le peloton dans le dernier kilomètre de l’avenue de Grammont. Cette fois-ci, le coureur belge a franchi en vainqueur la ligne d’arrivée de Paris-Tours, grâce à deux attaques décisives placées dans le final de la course. Après l’échec de l’échappée du jour, où figurait notamment le Tourangeau Cyril Lemoine, un nouveau groupe d’attaquants s’est formé avec quatre coureurs en tête. Gilbert les a rejoints à la faveur d’une sortie dans la côte de l’Epan, où il a ses habitudes. Il a ensuite devancé ses rivaux dans les deux cent derniers mètres, pour remporter la première grande classique de sa carrière.
Zabriskie, à retardement
La première attaque significative est menée au km 7 par Lucas Euser (TSL) et Sébastien Delfosse (LAN), rapidement rejoints par Cyril Lemoine (C.A) et Tom Veelers (SKS). Le peloton n’oppose pas une franche résistance au départ du quatuor, qui passe déjà au km 27 avec 3’25’’ d’avance. Un coureur se sent inspiré à retardement par cette initiative : David Zabriskie se lance dans une contre-attaque au km 37, et rejoint le groupe au km 47.
Poursuite précoce
A cinq, l’échappée continue de progresser, sans provoquer de réaction au sein du peloton dans un premier temps. Leur avantage grimpe jusqu’ à 11’15’’ au passage à Bonneval (km 66,5). C’est là que les équipes Liquigas et Rabobank décident d’imprimer un rythme plus rapide au peloton. Bien que l’urgence ne soit pas déclarée, la poursuite prend des proportions inquiétantes pour l’échappée, qui n’a plus que 5’20’’ d’avance au km 120. Cette précipitation rapproche le peloton un peu trop tôt au goût des équipiers des sprinteurs, qui ne sont plus qu’à 2’20’’ au passage devant le château d’Amboise, soit à 61 km de l’arrivée.
Lemoine prolonge l’aventure
Les coureurs rentrent alors dans une période d’observation. Les cinq hommes de tête sont maintenus sous contrôle, et poursuivent leur route sans entretenir d’illusions sur l’issue de leur entreprise : à 30 km de l’arrivée, leur avantage est tombé à 1’05’’. Sous la menace du peloton, Zabriskie est le premier à bousculer la situation, mais ne parvient pas à distancer ses compagnons de route. Dans la côte de Crochu, Cyril Lemoine saisit sa chance et attaque à son tour : pendant que Zabriskie et ses anciens associés sont repris, le Tourangeau prolonge l’aventure. Il est toutefois repris à 22 km de l’arrivée, par deux contre-attaquants, Voeckler (BTL) et Tjallingii (SIL), dont l’apparition reste éphémère.
Gilbert profite de la côte de l’Epan
Un nouveau groupe d’attaquants se forme à 15 km de l’arrivée, sous l’impulsion de Sébastien Turgot (BTL), avec Nicolas Vogondy (AGR), Mickaël Delage (FDJ) et Jan Kuyckx (LAN). Avec un avantage maximal de 27’’, les quatre associés résistent au retour du peloton et ne sont rejoints que par Philippe Gilbert, qui profite de la côte de l’Epan pour rejoindre la tête de course.
Attaque à moins de deux cents mètres
C’est dans une configuration délicate, avec 9’’ d’avance, que les cinq hommes de tête abordent les troisderniers kilomètres de l’avenue de Grammont. Au passage sous la flamme rouge, cette infime avance parait suffisante, mais aucun des cinq derniers candidats n’a encore pris le dessus. L’attaque décisive est portée par Philippe Gilbert, qui attend les deux cents derniers mètres pour accélérer. Il remporte la première grande classique de sa carrière, avec une longueur d’avance sur Kuyckx, qui complète un doublé belge.
Après deux échecs dans le dernier kilomètre, vous avez enfin trouvé la formule payante sur Paris-Tours…
En 2005, je m’étais déjà retrouvé en tête de la course avec Stijn Devolder, mais il n’avait pas voulu me relayer dans le final, alors je n’avais pas pu résister jusqu’au bout. En 2007, j’étais également en tête dans le final, mais j’avais attaqué dans la première des trois côtes. Pozzato et Kroon roulaient avec moi, mais ils me laissaient tous les deux faire tout le travail, alors cela n’avait pas marché non plus. Il faut savoir que dans ce final, les coureurs sont souvent piégés par la grande banderole qui se trouve à deux kilomètres de l’arrivée : on croit que c’est la flamme rouge, et on ralentit le rythme. Je pense que cela joue sur le sort des attaques. Cette fois-ci j’étais au courant, et tout s’est mis en place pour que je gagne.
Les deux accélérations, dans la côte de l’Epan, puis dans les 200 derniers mètres, ont été décisives…
Je dois surtout remercier Mickaël Delage, qui a fourni un travail énorme pour moi dans le final. Ce qu’il a fait, c’est digne d’un grand chef. Je ne le remercierai jamais assez.
A un kilomètre de l’arrivée, je me suis retourné et j’ai vu que nous avions suffisamment d’avance. Huit secondes, ce n’est pas beaucoup, mais à cette distance c’est énorme. Surtout que j’ai regardé mon compteur, et j’ai vu que nous étions à 52 km/h. Le peloton ne pouvait quand même pas rouler à 80 à l’heure ! Au moment de l’emballage final, je n’arrivais pas à faire « tomber le 11 dents », alors j’avais du mal à faire la différence. Il n’est tombé qu’à 80 m de l’arrivée, alors que j’étais déjà devant, et j’ai pu accroitre mon avance.
Dans votre carrière, quelle signification donnez-vous à ce succès ?
C’est ma plus belle victoire. Chez nous, le Het Volk représente beaucoup, et c’était déjà très beau pour moi de le remporter deux fois. Mais j’attendais de m’imposer dans une grande classique. J’ai souvent essayé, ici et ailleurs, je suis arrivé plusieurs fois placé, mais cette fois je l’ai. J’espère que cette victoire me fera grandir.
Le voyez-vous également comme un cadeau d’adieu à la Française des Jeux ?
Bien sûr, j’ai toujours promis à Marc de remporter une belle victoire avant de partir. Aujourd’hui, c’était ma dernière occasion, et je savais que ce ne serait pas facile. Alors depuis hier, je suis resté très calme, je n’ai pas parlé à grand monde.
1. Gilbert
2. Kuyckx
3. Turgot
4. Vogondy
5. Farrar
Le coureur belge a placé son attaque à moins de 200 m de la ligne d’arrivée
Le peloton reste à 8’’ de Turgot (BTL), Vogondy (AGR), Delage, Gilbert (FDJ) et Kuyckx (LAN)
L’avance du groupe de tête est toujours de huit secondes...
Turgot (BTL), Vogondy (AGR), Delage, Gilbert (FDJ) et Kuyckx (LAN) ont 8’’ d’avance. Ils rentrent dans l’avenue de Grammont...