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Issy-les-Moulineaux, le 2 mars 2006
PARIS-ROUBAIX : 104è ÉDITION - DIMANCHE 9 AVRIL 2006
Leur talent ne comportait pas cette ardente aptitude mentale qui consiste à aimer se « coltiner » avec des chemins hostiles, saucissonnés en quelque vingt-sept secteurs pavés, qui broient les organismes et nécessitent un caractère trempé dans l’acier, peut-être même relevé d’une pincée de masochisme... Mais le sport cycliste est ainsi fait que Paris-Roubaix, plus que jamais, fascine. Des hommes de moindre renom, parfois, au prix d’une passion immodérée pour ce type d’épreuve – au sens premier du mot ! – y ont acquis la célébrité et la félicité : Marc Madiot, Gilbert Duclos-Lassalle, Andrea Tafi. Quand on aime les pavés, on ne compte pas sa souffrance : admirable et rude conviction ! Paris-Roubaix n’est donc pas une grande course comme les autres et c’est pourtant une course plus belle que beaucoup d’autres. Par sa démesure et par les valeurs qu’elle exige, qui semblent parfois en appeler au passé : ténacité, témérité, héroïsme. Mais est-ce tellement un paradoxe si l’on admet que ce qui est rude et ce qui est beau peuvent se conjuguer ? Par son contexte social également, dès lors que toute une population se l’est appropriée, comme une sorte de fête régionale rituelle du deuxième dimanche d’avril, identitaire d’une terre et d’une culture. N’est-ce pas la signification de l’engagement des élus nordistes qui ont voulu investir dans la préservation de la Trouée d’Arenberg rendue à une meilleure praticabilité ? Enfin, puisqu’il n’est plus de compétition sportive de haute renommée sans images, et dès lors que la télévision ne se conçoit plus sans émotions, la rencontre de cet incontournable média, de ce terrain hostile et de ces athlètes déchaînés constitue la trame d’une inégalable dramatique. Oui, la définition de Jacques Goddet, quarante ans après, reste d’actualité : « la dernière folie que le sport cycliste propose à ses officiants ». Dimanche 9 avril, dès le matin à Compiègne, et plus loin sur les bords de route du Valenciennois, de la Pévèle et du Mélantois, ils seront des milliers à communier à ce rassemblement païen, tellement chaleureux, qui rend fiers d’eux un sport et une région. Je serai des leurs, fidèlement, pour la 40ème année consécutive, avec la certitude d’un puissant bonheur intérieur, sur le bord de la piste en ciment du vélodrome de Roubaix, sur le coup de dix-sept heures trente, quand les héros du jour s’y égrèneront, fourbus mais admirables. Jean-Marie Leblanc Directeur Général du Tour de France |
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