Le « Bobo » de Tidiane
Le destin semblait lui tendre la main, ce matin. Avec une seconde de retard au classement général sur Karel Pattyn, Tidiane Ouedraogo tenait l'occasion de s'emparer du maillot jaune du Tour du Faso, le rêve de tout cycliste burkinabè. Surtout, c'est dans sa ville natale de Bobo-Dioulasso que Tidiane pouvait réaliser ce hold-up. Et pour lui, la symbolique est importante. Cette cité qu'il aime tant, il l'a quittée pour sa passion du vélo, il y a quelques années, alors que l'AS Onatel lui proposait un contrat l'obligeant à « monter à la capitale ». Attaché à sa famille, le champion en herbe avait alors longtemps hésité avant d'accepter la proposition.
« Tu dois devenir un homme et savoir prendre ces décisions difficiles », lui avait ordonné son père, quelques semaines avant de décéder.
« Alors maintenant c'est très particulier de traverser Bobo. J'ai constamment des souvenirs qui me reviennent », expliquait Tidiane hier, au moment de nous faire visiter « son » Bobo.

Le prétendant au maillot jaune à commencer par nous conduire naturellement dans la maison qui l'a vue grandir, dans les faubourgs de Bobo, où continue de vivre sa famille. Il y retrouve sa fille de 10 ans, Ladifatou-Magali, qu'il n'a plus vu depuis plusieurs semaines, préparation au Tour oblige. La maman, sa sur, quelques-uns de ses frères et neveux sont aussi là pour saluer et encourager Tidiane. Autour de quelques tournées de jus de tamarin, il raconte des anecdotes de course, prend des nouvelles de chacun et se souvient, encore, du premier vélo que son père lui avait acheté à l'âge de cinq ans : un Sifa, la marque de cycles qui est le sponsor de son équipe sur le Tour !

La douceur de la conversation a fait passer le temps plus vite que prévu. Il fait presque nuit, mais Tidiane ne résiste pas à l'envie de nous emmener à la vieille mosquée de Bobo. Musulman pratiquant, il a reporté le ramadan pour pouvoir faire le Tour du Faso, comme le recommande le Coran pour les « cas de force majeure ». Pour lui,
« la religion c'est aussi ce qui me rend fort », le détour était donc indispensable, et tant pis pour la luminosité.
Le petit passage devant le marché fait également partie du « pèlerinage ». C'est là qu'il venait voir le président de son ancien club, le « vélo club de Bobo », qui y tenait une quincaillerie.
A 8h30, l'enfant du pays se sentait donc prêt à affronter ce parcours, où il avait tout raflé dans plusieurs compétitions nationales dans les catégories jeunes. Pas de problème avec le parcours, donc. En revanche, le numéro 53 ne suit pas toutes les attaques de ce début d'étape. Il manque surtout la bonne, celle qui ira au bout. Rapidement, il se rend compte qu'il ne serait pas le héros de Bobo aujourd'hui. Mais comme les coureurs l'avaient déjà imaginé en réunion d'avant-course, Tidiane adopte le plan « B ». Son coéquipier A.Wahab Sawadogo étant dans le bon coup, Ouedraogo est donc chargé de marquer le maillot jaune Karel Pattyn. Ce qu'il fait avec application, courage et sens du devoir. Connaissant un peu mieux le personnage, cela ne nous étonne plus.

D'ailleurs, après avoir franchi la ligne d'arrivée en 19ème position, un rang qui le fait tomber à la 11ème place du général, Tidiane n'affiche aucun signe de déception. La mission suprême, ramener le maillot jaune au Burkina, a été remplie, en partie grâce à lui. Du haut de ses 10 ans, Ladifatou-Magali a du mal à adhérer à ce sacrifice dont elle ne perçoit pas le sens. Papa n'a pas gagné, elle est inconsolable.