Un début d’étape rapide et nerveux
Le départ de la deuxième étape du 17e Tour du Faso, Kaya – Ziniaré (70 km), a été donné ce matin à 7h32 à un peloton composé de 81 coureurs (aucun non partant). La faible distance de la course explique le rythme effréné des premiers kilomètres, marqués par d’incessantes et vaines attaques des coureurs Burkinabè. Mais ce travail de sape n’allait pas tarder à payer…
La bataille pour le maillot rose fait rage
Le peloton reste groupé jusqu’au premier sprint intermédiaire de Boussouma, où Kermer devance G. Cuylits et S. Sanfo. Au second sprint de Korsimoro, les hommes forts engagent la lutte pour le maillot rose des sprints intermédiaires : M. Tjallingii et L. Syne se tirent la bourre, emmenant dans leur sillage le valeureux P. Bouba.
L’échappée du jour se dessine dans les faubourgs de Raguitenga
Peu après le ravitaillement de Raguitenga, la course s’anime : dix hommes prennent le large (K. Kermer, S. Sanfo, K. Kabore, G. Sawadogo, K. Pattyn, S. Teguimaha, K . Nossi, M. Bilgo, E. Ahouandjinou et K. Rutger). Les hommes de Marco Polo sont à la peine, ce qui explique que ce soit le maillot jaune en personne qui prenne la chasse à son compte pour réduire un écart rapidement passé à plus d’une minute.
Victoire de Kermer, devant trois Burkinabè
Malgré cette folle course poursuite, Tjallingii doit concéder 1’32’’ aux dix échappés. Au sprint, l’Allemand K. Kermer est le plus véloce : il s’impose devant S. Sanfo, K. Kabore et G. Sawadogo, qui s’empare de la seconde place au classement général et du maillot vert du classement par points. Le Néerlandais Tjallingii conserve donc son leadership, mais voit ses rivaux se rapprocher dangereusement : Gweswende Sawadogo à 9’’, Thierry David à 10’’ et Mahamadi Sawadogo, le plus connu des deux frères, à 14’’. Le peuple retient son souffle jusqu’à demain : le maillot jaune pourra-t-il être enfin porté par un étalon Burkinabè ?
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| Face au Faso
On le sait, le Tour du Faso est vecteur de liesse, de fête et de bonne humeur, bref il est à lui seul un condensé de la joie de vivre des Africains ; il ne doit cependant pas occulter la réalité, parfois dure, d’un pays confronté à de véritables enjeux sociaux et politiques.
L’éducation tout d’abord, secteur clé dans lequel des avancées significatives ont été observées cette année. Ainsi l’école primaire est-elle en 2003 gratuite pour tous, et notamment pour les filles, dont le taux de scolarisation n’excède pas 15%. Pour remédier à cet état de fait, le principe de « discrimination positive » a été mis en place, stipulant que seules les filles ont droit à recevoir une bourse de l’Etat. Encourager la scolarisation des jeunes demoiselles jusqu’au taux de 60%, tel est l’objectif aujourd’hui clairement affiché par le gouvernement Burkinabè, en partenariat avec l’UNICEF.
Dans l’agriculture également, les choses bougent. Le récent sommet de Cancun a été ici vécu comme un échec, puisque, comme le fait judicieusement remarquer Alexandre le Grand Rouamba, journaliste au Pays, « on produit et d’autres fixent le prix de vente du coton ; c’est inique ! ». De même, le lent processus de privatisation de la Sofitex, entreprise prospère spécialisée dans la production de coton, ne lasse pas d’inquiéter. Le Burkina est désireux de s’ouvrir au monde libéral et de jouer le jeu du marché, à condition de s’y intégrer progressivement et sans à-coup. Mais tout n’est pas négatif : l’opération Saaga (pluie) est là pour le rappeler. Une technologie importée du Maroc permet, en y projetant un produit chimique à base de chlorure d’argent, de faire éclater
les nuages et d’accentuer l’hydrométrie. Cette technologie a cette année encore fait ses preuves et apporté plus de pluies que ne l’aurait fait spontanément la météo locale.
Formation, économie, santé, voilà les trois piliers d’une politique gouvernementale responsable. Voilà pourquoi la lutte contre le SIDA et la polio est devenue une priorité nationale. La polio n’a pas complètement disparu et c’est pour prévenir de nouveaux cas que l’épouse du Chef de l’État, Mme Campaore, orchestre une campagne en faveur de la Journée Nationale de Vaccination, afin d’éradiquer la terrible maladie paralysante... Le Sida est l’autre fléau qui touche le Burkina, avec 6,5% de la population contaminée par le virus. Sponsor du 17e Tour du Faso, le Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS-IST), présidé par le Président Burkinabè, a obtenu une aide de 8 milliards de francs CFA de la part du Fonds Mondial de Lutte contre le
Sida, ce qui va permettre aux victimes de la maladie, moyennant 10.000 francs CFA, de bénéficier des ARV (Anti Rétro Viraux).
Malheureusement, parfois le destin s’en mêle et complique la tâche des dirigeants… Au mois de mars dernier, le grand marché de Ouaga a brûlé, si bien que les commerçants se sont éparpillés dans la ville et que les consommateurs ont désormais du mal à retrouver leurs fournisseurs habituels. Un plan de reconstruction a été lancé, qui devrait aboutir à l’ouverture, en 2005 sur le site de l’ancien hippodrome de Nonsin, d’un nouvel espace, moderne et aéré, dédié au commerce et aux transactions de proximité. Preuve qu’il n’y a pas de fatalité et qu’au Burkina Faso, l’énergie et le courage ne font jamais défaut…
Tout cela nous mène loin du sport, bien qu’il fasse partie de l’actualité du pays. Après le Tour du Faso, le pays des hommes intègres accueillera le Dakar, qui fera étape le 12 janvier à Bobo Dioulasso. Les organisateurs du Tour ont d’ailleurs aperçu Patrick Zaniroli, l’homme qui trace le parcours du plus grand rallye-raid du monde... Deux univers sportifs aux antipodes : d’un côté, celui des voitures sponsorisées par de riches constructeurs automobiles et qui attireront, à n’en pas douter, la foule du côté de Bobo ; de l’autre, les forçats de la brousse qui exercent leur métier pour s’adonner dès que possible à leur passion, le cyclisme sur route. Un paradoxe qu’Alexandre
le Grand commente avec sagesse : « quand j’écris un bel article, le bonheur qui est le mien vaut tous les millions de francs
CFA ! L’inquantifiable est supérieur au quantifiable. Voilà pourquoi le rêve sera toujours plus fort que l’argent ». Assurément, une devise… en or !
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