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Édito

Paris-Nice… La Course au soleil…© A.S.O.

Ouvriers qualifiés

L’image de Bradley Wiggins, immense champion de la piste passé dans la catégorie des prétendants au Maillot Jaune sur le Tour de France, qui démonte sa roue arrière dans la trouée d’Arenberg pour la remplacer par celle que lui tend Geraint Thomas, alors champion de Grande-Bretagne, rappelle que le peloton du cyclisme moderne recèle encore des hommes de devoir à la passion chevillée au corps. Paris-Roubaix, œuvre de tradition, résiste à l’épreuve du temps.

Les seigneurs des pavés, que sont par exemple Boonen et Cancellara, s’y mesurent chaque année avec humilité car ils connaissent la fragilité de la hiérarchie en ces lieux si particuliers. À un rythme régulier, le palmarès de la Reine des classiques est émaillé de la présence d’un vainqueur qui ne figurait pas, au départ, sur la liste des favoris établie par les experts et les parieurs. L’an passé, le Belge Johan Vansummeren, géant du Nord d’1,97m, s’est inscrit dans la lignée de ses compatriotes tels que Roger Rosiers, vainqueur en 1971, et Dirk Demol, lauréat en 1988. Le Néerlandais Servais Knaven, en 2001, émargeait lui aussi en-dessous de la classe des outsiders. Mais ainsi va la classique nordiste : par le truchement du jeu d’équipe, des incidents toujours susceptibles de perturber les stratégies pré-établies, des concours de circonstance et du jour de grâce auquel peut prétendre chaque cycliste professionnel minutieusement entraîné, un inconnu – ou plutôt un champion méconnu – a une chance de s’offrir des fleurs…

Vansummeren a ajouté de l’émotion à la cérémonie protocolaire de la 109e édition en proposant le mariage à sa fiancée Jasmine. Au lieu d’une alliance, il lui tendit un pavé pour la beauté de l’histoire. À Roubaix, l’ouvrier qualifié a toujours une chance de prendre la place du patron sur la plus haute marche.

Christian PRUDHOMME