
© A.S.O. - B. Bade
Une course cycliste se gagne sur des qualités physiques et très souvent grâce à une finesse tactique permettant de les exploiter. Le vélo révèle surtout des tempéraments, pour peu qu’on les incite à s’exprimer.
Dans ce domaine, la dramaturgie à l’œuvre sur la Flèche Wallonne se pose comme une référence.
L’action se joue sur 200 kilomètres, dont aucun ne s’avère superflu, en dépit des apparences. Tous les prétendants, ainsi qu’une bonne partie des outsiders comme des faire-valoir, ont déjà leurs marques sur le Mur de Huy. Mais le premier passage sur cette rampe impitoyable, vécu comme une énième reconnaissance pour beaucoup, place chacun devant la réalité de la tâche qui l’attend en fin de journée.
Au deuxième essai, l’atmosphère gagne en tension : il ne reste plus qu’une trentaine de kilomètres avant l’arrivée, et généralement une poignée d’insolents à rattraper d’urgence.
À l’heure du feu d’artifice, le premier pétard tiré en direction du Chemin des Chapelles atteint rarement sa cible. Le contrôle de ses nerfs et de ses émotions devient alors l’allié de la puissance à l’état brut. Les plus pressés sont souvent les premiers condamnés, alors que le réel talent invite au calcul. Sur la Flèche, les coups d’éclats doivent être portés au millimètre.
Christian PRUDHOMME