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Édito

Sacrés pavés !

© A.S.O.

Franco Ballerini en 1995 © Presse Sports

À chacun sa procession.
Dans la mythologie cycliste, le dimanche de Pâques est avant tout une affaire de routiers. Avec seulement 280 km au programme en 1896, la dernière née des classiques françaises faisait pâle figure dans le paysage, à côté de Bordeaux-Paris ou de Paris-Brest-Paris. C'est pourtant entre la Porte Maillot et le vélodrome roubaisien du parc Barbieux que s'est construite la légende.

Au fil des années, le culte de l'effort a incontestablement trouvé son temple. Encaisser les chocs, se jouer des obstacles et des coups du sort, exclure le renoncement… En 2011 comme avant-guerre, Paris-Roubaix reste un concours de force réservé aux acrobates roulants. Le nec plus ultra en matière de dépassement de soi.

La Trouée d'Arenberg ou le Carrefour de l'Arbre ont résisté au bitume. Le pèlerinage annuel du peloton y est tumultueux et dévastateur. On continue d'y percer des boyaux, d'y briser des fourches ou même des poignets. On y dessine surtout des portraits d'hommes, de champions, à coups de pinceaux trempés dans la boue et la poussière. Au cœur du chemin de croix, le pavé, difforme et ingrat, cisaille ou scelle des destins. Il devient une relique inestimable que l'on s'arrache entre grimaces et coups d'épaules. Dans un jour de grâce, le rouleur en mission peut y voir un complice : " Je marchais sur l'eau, comme Jésus ", avait déclaré le regretté Franco Ballerini en 1995 après son premier succès à Roubaix. Tant qu'il y aura des pavés…

Christian PRUDHOMME
Directeur du Tour de France