
Huy
201 km
mercredi 20 avril
Intenable sur les classiques d’un jour, Philippe Gilbert confirme sa domination en remportant pour la première fois de sa carrière la Flèche Wallonne. Impressionné par les caractéristiques du Mur de Huy, le Belge a toujours affirmé que la course ne lui correspondait pas. Info ou intox ? Quoi qu’il en soit, Gilbert s’est livré à une démonstration dans le final, en accélérant à plus de 300 mètres de l’arrivée, au plus dur de la pente. A l’échelle du Mur de Huy, il s’agit d’une offensive « lointaine ». Il a toutefois résisté avec autorité au retour de Joaquim Rodriguez, pour aller signer un premier triplé inédit. En préparation à La Flèche Wallonne, il s’était déjà imposé sur la Flèche Brabançonne, puis sur l’Amstel Gold Race ! Rendez-vous à Liège.
La première est la bonne
Maciej Paterski (Pol - LIQ), auteur de la première offensive du jour dans le deuxième kilomètre de course, est rapidement rejoint par Maxime Vantomme (Bel - KAT), Matti Helminen (Fin - LAN) et Preben Van Hecke (Bel - TSV). Le quatuor progresse efficacement, d’autant plus que le peloton se montre attentiste. L’écart grimpe jusqu’à un maximum de 17’10’’, au kilomètre 43,5.
Abandons de D.Martin et Roche
L’avantage enregistré après la première ascension du Mur de Huy reste de 15’30’’. Cette mise en jambes permet de constater que les frères Schleck, tout comme Alberto Contador, avalent l’obstacle avec aisance. Le rythme de la poursuite, justement dirigée par les équipes Léopard-Trek et Saxo Bank, augmente sensiblement à partir du kilomètre 110. Entre temps, le peloton a perdu sur chute Daniel Martin (GRM) et Nicolas Roche (ALM), qui représentaient les meilleures chances de l’Irlande. A 60 kilomètres de l’arrivée, alors que Van Hecke continue d’engranger les points du prix des côtes, l’avantage de l’échappée a tout de même fondu : il n’est plus que de 7 minutes au sommet de la côte de Groynne, puis 5’40’’ en haut de la côte de Bohisseau.
Kadri tente sa chance
Le rapprochement avec l’échappée donne des idées dans le peloton. Dans la côte d’Ahin, Blel Kadri se lance dans une contre-attaque, à environ 40 km de l’arrivée. La tentative ne dure qu’une poignée de kilomètres. Elle ne profite guère à l’intéressé, mais libère les tempéraments. Une contre attaque plus touffue se dessine. A 15 kilomètres de l’arrivée, la tête de course a perdu Helminen, mais une recomposition aboutit à la formation d’un groupe de 10, avec Kolobnev, Vantomme (KAT), Van Garderen, Kiryenka (MOV), Lövqvist (SKY), Paterski (LIQ), Verdugo (EUS), Gasparotto (AST), Golas (VAC) et Van Hecke (TSV).
Gilbert, en patron
Derrière eux, les coureurs d’Omega Pharma-Lotto impriment un rythme exigeant qui condamne vite l’échappée. A 12 kilomètres de l’arrivée, seuls Kiryenka (MOV) et Lövqvist résistent à cette poursuite. Quatre kilomètres plus loin, ils sont à leur tour repris. Un autre duo d’ambitieux se déclare avec Jérôme Pineau (QST), suivi de Marco Marcato (VAC). S’ils passent en tête sous la Flamme Rouge, ils sont repris dans les premiers hectomètres du Mur, où la bataille finale se précise. Les favoris semblent se contrôler, et Philippe Gilbert profite de cette période d’observation un peu trop prolongée pour jaillir. A plus de 300 mètres de l’arrivée, il jette toutes ses forces dans l’ascension. La prise de risques est payante, puisque ses concurrents directs sont immédiatement distancés. Rodriguez se contente à nouveau de la 2ème place, et Samuel Sanchez complète le podium.
Quelles sont vos sensations après cette première victoire sur la Flèche Wallonne ?
C’est une victoire qui me fait plaisir, et c’est aussi une grande surprise. Auparavant j’ai beaucoup souffert dans ce Mur, mais aujourd’hui il y a eu beaucoup de plaisir. Dans les 100 derniers mètres particulièrement, les sensations étaient fabuleuses grâce à ce public, on aurait dit un stade de foot qui me supportait. Cela restera une victoire phénoménale.
Comment avez-vous vécu cette journée, sur le plan tactique ?
Nous étions sensés aller dans les coups, et ça n’a pas marché. Je me suis donc un peu énervé pour que l’équipe se mette au travail, et cela m’a mis dans de bonnes dispositions pour passer à l’attaque. J’ai ensuite parlé avec Vinokourov, pour essayer de tenter quelque chose à 10 km de l’arrivée, mais cela ne s’est pas fait. Ensuite mes coéquipiers m’ont aidé à me placer pour la montée finale. J’ai attaqué d’assez loin, mais il est vrai que je fais des trucs assez anormaux ! A un peu plus de 300 mètres, j’ai vu que Rodriguez et Contador étaient en troisième ligne, assez mal placés. Alors je me suis dit « fonce ! ». Et grâce à mon explosivité, j’ai pris un avantage assez important très rapidement. Je crois que cela a dû leur casser le moral.
Pensez-vous boucler le quadruplé ardennais en fin de semaine, après vos victoires à la Flèche Brabançonne, l’Amstel Gold Race et la Flèche Wallonne ?
Cela ne va pas changer grand chose pour dimanche. De toute façon je sais que je fais partie des favoris, et je démarre toujours la Doyenne en pensant la gagner. Je ferai encore mon mieux pour y arriver. Si j’y parviens, ce sera une série inédite. Je peux le faire, mais nous ne sommes encore qu’au stade des suppositions. A partir de demain je me remets en question, comme après toutes les courses. Et ensuite je recommence à me mettre en condition, mentalement et physiquement, pour dimanche. Tout est encore à faire.
On commence à vous comparer à Paolo Bettini. Quelles sont vos limites ?
Cela fait toujours plaisir d’être comparé à d’aussi grands coureurs. C’est un des plus grands coureurs de classiques de tous les temps, avec Bartoli. Mais je préfère continuer ce que je fais, partir sur toutes les courses avec l’ambition de gagner, et nous verrons à la fin de ma carrière avec qui on pourra me comparer exactement. Si je continue comme cela, j’aurai un beau palmarès. Je ne sais pas où sont mes limites. Avant, je ne pensais pas pouvoir gagner les courses comme aujourd’hui. Je croyais que mon registre était limité à des courses comme Milan - San Remo, le Tour des Flandres, ou Liège-Bastogne-Liège. Cette victoire devrait me donner beaucoup de confiance car désormais ce type d’arrivée ne me fera plus peur.
L’attaque "lointaine" de Philippe Gilbert a payé. Il résiste avec aisance au retour de Joaquim Rodriguez. Samuel Sanchez se classe 3ème
Il a accéléré à 400 m de l’arrivéee
Wegman (LEO) mène le groupe, le duo est repris
Le duo de tête est sur le point d’être repris dès les premières pentes
Pineau et Marcato sont encore seuls en tête, avec 13’’ d’avance sur le peloton