
La science du cyclisme se décline en spécialités, chacun trouvant sa voie sur les terrains qui correspondent le mieux à ses qualités physiques, à son tempérament plus ou moins agressif, ou à sa capacité à s'intégrer dans une mécanique collective. Les variantes révèlent surtout que sur un vélo, le courage et la force doivent toujours s'allier à une certaine subtilité tactique pour que l'on tienne une réelle performance. Le Critérium International met précisément à l'épreuve les coureurs capables de maintenir un niveau de concentration constant, dans un contexte de compétition relevé, et dans des registres éloignés sur chacun des " tests ". Si les prétendants comptent naturellement sur leurs points forts pour s'imposer, c'est aussi en forçant leur nature qu'ils peuvent y parvenir : le puncheur doit être aussi rouleur, alors que le sprinteur n'a jamais autant eu besoin de " passer les bosses ".
Le palmarès apporte d'ailleurs l'illustration, sous forme d'inventaire quasi complet de la légende des cycles, de la solidité nécessaire pour s'y imposer. Zoetemelk, Hinault, Fignon, Kelly, Roche, Indurain, Boardman, Jalabert, Brochard, Julich ou Voigt l'ont dompté : le triptyque du début de saison donne l'occasion de faire un premier point sur les forces en présence dans l'élite mondiale.
C'est pour la neuvième fois consécutive que le Critérium se dispute autour de Charleville-Mézières, sur les routes des Ardennes qui se prêtent idéalement à l'esprit du rendez-vous. Retrouvant chaque année l'enthousiasme d'un public connaisseur et toujours fidèle, le peloton s'y reforme avec la certitude de jouer une pièce intense en trois actes. La course en ligne, au départ pour la première fois de Monthois, réserve traditionnellement une arrivée au sprint à Charleville-Mézières. L'étape de côtes, dont les difficultés peuvent aussi bien correspondre à un attaquant qu'à un grimpeur, promet une sélection radicale. C'est ensuite dans les rues de la ville, sur un contre-la-montre court et technique, que le verdict sera rendu. La ligne d'arrivée finale, tracée au cœur de la majestueuse Place Ducale, ne pardonne rien aux retardataires.
Christian PRUDHOMME
Directeur du Tour de France