
Le Nord a toujours fait rêver. Si beaucoup ont attendu de découvrir sur grand écran les charmes de ce petit coin de France, la planète vélo y vibre tout entière chaque année depuis plus de 110 ans. L’histoire des lieux et des hommes qui y vivent invite les champions à se surpasser sur les routes de caractère qui leur rendent hommage. Au-delà d’un titre, les meilleurs cherchent aussi le prestige simple lié à l’âme de cette région où, comme dans le cyclisme, les valeurs d’effort et d’humilité priment. A Roubaix, la gloire ne se juge pas à l’éclat des paillettes. Elle se gagne dans la boue et la poussière, dont on porte fièrement les traces sur le mythique vélodrome d’arrivée.
Cet « esprit classique », dont on perçoit la signification sur Paris-Roubaix encore plus qu’ailleurs, est partagé par les rouleurs les plus combatifs, les plus solides, souvent les meilleurs du monde, tout simplement. Gagner Paris-Roubaix exige une préparation rigoureuse, la sage détermination de la mangouste face au cobra, et parfois un peu de chance. Que le scénario se dessine à distance, sur les tronçons les plus redoutables du parcours, ou seulement à l’approche du vélodrome, c’est toujours sur le talent et l’audace que se joue la victoire. Ces caractéristiques rendent la course ouverte à tous les « larges d’épaules », pourvu qu’ils soient animés par le grain de folie nécessaire. Les trois derniers vainqueurs de la reine des classiques, Boonen, Cancellara et O’Grady, tous capables de se distinguer au plus haut niveau en d’autres saisons et sur d’autres terrains, illustrent parfaitement cette alchimie. Ils connaissent le prix du pavé de Roubaix.
Christian PRUDHOMME
Directeur du Tour de France