
Temps gris, idées noires, eaux troubles.
Dès que Paris-Nice a été lancé, le sport a repris ses droits légitimes et le peloton a progressé dans une atmosphère colorée, propice aux coups d’éclats. Entre glissades et dérapages, les premières journées ont eu le mérite de distribuer les rôles : pour ceux qui en doutaient, l’étalage de puissance de Steegmans à Nevers puis à Belleville rappelle que le remplaçant de Boonen peut lui aussi tenir les grands rôles.
Surtout, le climat, qui a mis les organismes à rude épreuve, a ensuite sublimé ceux qui avaient su lui résister. Il est réjouissant de constater que plusieurs Français ont su l’affronter mieux que les autres.
Sylvain Chavanel d’abord, dont la ténacité sur le long terme a doublement été payée, par un maillot jaune éclatant comme il se doit, et par une somptueuse victoire à Cannes. La confirmation de Chavanel s’est surtout accompagnée de révélations, puisque les tempéraments de Clément Lhôtellerie, vainqueur du classement de la montagne, et de Pierre Rolland, ont marqué les esprits. Souhaitons qu’ils soient amenés à retrouver dans l’avenir et sur de nombreuses routes Robert Gesink, auteur d’un numéro chevaleresque sur les flancs du Mont-Ventoux. En plus de l’audace, il leur faudra toutefois continuer d’apprendre de vieux loups comme Davide Rebellin, dont la sagesse et la finesse tactique ont été décisives pour remporter, à 36 ans, son premier Paris-Nice. Son énergie lui a permis de partir à la conquête d’un maillot jaune qui semblait avoir trouvé son propriétaire. Son sang-froid l’a aidé à le conserver, avec la marge la plus infime de l’histoire de l’épreuve : 3’’ d’avance sur Nocentini, après 1 200 km !
Soleil, lumière et eau salée. C’est ce qu’étaient venus chercher les coureurs sur cette diagonale unique qu’ils aiment descendre au gré des rebondissements depuis 75 ans.
Christian PRUDHOMME
Directeur du Tour de France