
Le traditionnel séjour belge du peloton mondial, qui a débuté par un enchaînement de classiques et semiclassiques, propose entre Charleroi et Huy un rendez-vous spectaculaire. Avec près de 200 km de route, parcourus le plus souvent à un rythme soutenu en dépit des intempéries et des difficultés, nous sommes ici dans le registre de la course d’usure. Qu’on les appelle des raidards ou des coups de cul, des côtes ou des bosses, les montées au programme méritent bien leur appellation de casse-pattes. La présence de ces ascensions préliminaires, qui opèrent une sélection à demi-visible dans un premier temps, rend indispensable la mise sur pied d’une stratégie d’équipe pour les prétendants à la victoire. L’étroitesse des routes oblige, comme à l’approche des secteurs pavés visités quelques jours plus tôt, à maîtriser l’art du placement. Le soutien de ses équipiers doit également permettre au leader de préserver autant que faire se peut son énergie pour le final.
On pense ensuite à l’entrée dans ce village, on se concentre sur le dernier tournant, sur la droite, qui marquera le début des souffrances. On imagine aussi la modeste église en bord de ligne. Avant d’en arriver là, si possible les bras en l’air, il faut d’abord affronter le moment de vérité, le kilomètre le plus long de l’année cycliste. Le Mur de Huy, juge ultime de la Flèche Wallonne, c’est un peu comme un championnat du monde d’escalade à vélo. Il n’est alors plus question de gestion ni de contrôle, mais de puissance et d’explosivité. Dans le milieu, on en parle comme du mètreétalon des puncheurs.
Christian PRUDHOMME
Directeur du Tour de France